Adler, Gilbert. La Reine des Vampires. 1996

Vincent Prather se rend dans la jungle mexicaine pour exhumer ce que ses hommes de main pensent être un fabuleux trésor. Sauf qu’il sera le seul à revenir en vie, accompagné de Lilith, la plus ancienne des vampires, véritable but de son expédition. Quelque temps plus tard, sur le territoire américain, Caleb Verdoux se laisse convaincre de pénétrer les secrets d’un bordel dissimulé dans un funérarium. Mal lui en prend : les lieux sont un repaire de vampires, où Lilith règne en maîtresse de maison. La sœur de Caleb, ne voyant pas son frère revenir après quelques jours, demande au détective Rafe Guttman d’enquêter.

La série TV des Contes de la Crypte s’achève en juillet 1996, après 7 saisons de 93 épisodes au total, sur 7 ans de diffusion. Bordello of Blood (le titre VO) est le second long métrage cinéma tiré de la série de Robert Zemeckis, Richard Donner, Walter Hill & co, après Demon Knight (Le Cavalier du Diable) en 1995. Contre toute attente, la série ne contient pas énormément d’épisodes sur les vampires, en dehors de Un Vampire récalcitrant (The Reluctant Vampire), dans la saison 5. L’histoire de Bordello of Blood est cependant beaucoup plus ancienne qu’il n’y paraît, le scénario de ce dernier étant dans les cartons de Bob Gale et Robert Zemeckis depuis les années 1970. C’est le seul film réalisé par Gilbert Adler, davantage connu comme producteur.

Le film est à n’en pas douter un chaînon manquant entre les teenage movie vampirique des années 1980 et Une Nuit en Enfer (From Dusk Till Dawn), sorti quelques mois plus tôt. D’un côté, le casting voit défiler des noms déjà connus des amateurs du genre, comme Chris Sarandon (le vampire du premier Vampire vous avez dit vampire), Corey Feldman (qui chassait le vampire dans Génération Perdue). Et même si les héros ne sont pas des adolescents, il y a l’idée de la pulsion sexuelle dans le rôle de Corey Feldman. Une femme vampire à la tête d’un club qui dissimule un repaire de vampires, et se nourrit des visiteurs, peut également rappeler Vamps. De l’autre, il y a des effets spéciaux à la limite du gore, qui n’hésitent pas à montrer des viscères, des explosions de sang, etc. Sachant qu’Une Nuit en Enfer devait initialement être le troisième film tiré des Contes de la Crypte. Les deux longs métrages ont été produits un temps en parallèle, et c’est apparemment à la suite de plusieurs désaccords que Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ont développé leur projet indépendamment. Reste que les parallèles entre les deux sont nombreux, jusque dans certains détails (l’idée de lutter contre les vampires à l’aide de Nerfs remplis d’eau bénite).

On est clairement face à un film qui exploite le concept des Contes de la Crypte sur grand écran. Le Gardien de la Crypte (et l’un de ses comparses, une momie) dévoilent l’introduction puis l’histoire dans un récit-cadre grimaçant. L’ensemble regorge de punchlines, de blagues grivoises et de bons mots, convoquant efficacement l’humour de son matériau d’origine. Enfin, il y a ce twist final qui inverse les codes. Ce côté comédie n’empêche pas scénariste et réalisateur de profiter de leur métrage pour passer au vitriol du phénomène des télé-évangélistes (le Jimmy Current — J.C. — incarné par Chris Sarandon), et un certain mélange entre culture du spectacle et foi religieuse.

En ce qui concerne la figure du vampire, c’est d’abord Lilith qui est concernée. Elle est présentée comme la première des vampires, et est à ce titre plus difficile à tuer que ses pairs. A minima, on comprend que son cœur doit être séparé en quatre parties pour en venir à bout. On verra plus tard que ce n’est pas suffisant. Elle semble capable de se dématérialiser, voire de se déplacer à grande vitesse, et de se prendre l’apparence physique d’autres personnes. Les vampires dans leur ensemble craignent ici la lumière du soleil, les pieux et l’eau bénite. Tous partagent une nécessité : boire du sang (même si Lilith est souvent montrée en train d’arracher le cœur de ses victimes pour le boire, plutôt que les mordre à la jugulaire). Elle est également la seule vampire à pouvoir être contrôlée, sous la forme d’un artefact ancien en forme de clé.

Véritable épisode long des Contes de la Crypte, La Reine des Vampires convoque efficacement les codes de la série tout en se posant comme à la confluence entre le teenage movie vampirique et le grindhouse d’un Une Nuit en Enfer. A noter, pour la petite histoire, qu’on reverra Erika Eleniak dans un film sur le sujet quelques années plus tard. Elle est en effet au casting de Dracula 3000, de Darrel Roodt.

Adler, Gilbert. La Reine des Vampires. 1996 Adler, Gilbert. La Reine des Vampires. 1996 Adler, Gilbert. La Reine des Vampires. 1996

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.