Severin, Steven. Vampyr

Ancien bassiste de Siouxsie and the Banshees, Steven Severin a placé les derniers albums de sa discographie solo sous la bannière des bandes sons de films muets. Avec Blood of the Poet, il proposait déjà en 2009 une pièce musicale autour du Sang d’un poète de Jean Cocteau. En 2012, c’est au Vampyr de Dreyer qu’il décide de s’attaquer.

Severin semble particulièrement affectionner les films expérimentaux ou à charge expressionniste. Le voir se pencher sur la bande son de cette adaptation très libre du Carmilla de Le Fanu n’a donc rien de très étonnant. À l’image de ce qu’il avait fait avec ses précédentes pièces sonores, il propose ici une sonorisation à base de nappes synthétiques, qui accompagnent l’auditeur au fil des différentes scènes du film.

L’une des forces du film est de se structurer en une succession de tableaux, dont plusieurs possèdent un pouvoir d’évocation assez fort (la scène où le personnage principal est enterré vivant reste l’une des plus marquantes). Severin choisit de ne pas forcément construire son travail autour de thèmes récurrents, mais procède d’emblée en posant des nappes qui dissonent insidieusement, provoquant un certain malaise chez le spectateur. Un choix qui rentre, en résonance avec le mal-être qui se dégage du film, où les thèmes de la mort, de la vieillesse et de la peur sont particulièrement prégnants.

Le compositeur cherche à faire rentrer rapidement le spectateur dans l’atmosphère onirico-morbide du film et à renforcer par le son ce qui est montré à l’écran, plus qu’à appuyer une scène particulière. Il n’hésite cependant pas à grossir le son, flirtant avec des ambiances proches du drone, mais n’étouffe jamais totalement l’espace. On oscille à chaque fois entre un côté lancinant (les nappes qui semblent toujours rester en filigrane et contribuent à une écoute attentive) et des sonorités de premier plan plus fugaces.

Plus difficile à aborder que beaucoup de bandes sons de films, le travail de Steven Severin sur Vampyr est intéressant pour son dépouillement apparent, l’efficacité et la cohérence de l’ensemble ayant de quoi convaincre. Mais il sera sans doute très difficile, pour ceux qui ne connaissent ni le travail préalable du compositeur, ni le film de Dreyer, d’apprécier hors contexte l’exercice.

Listes des titres

1. Through A Glass Darkly 02:15
2. Allan's Theme 03:43
3. Upon My Death 02:58
4. Shadow's Play 07:32
5. They Are Murdering Him 02:16
6. (intersection) 03:05
7. Giselle's Theme 02:35
8. Leoné Summoned 06:38
9. Leoné Smiles 03:42
10. Bloodwork 04:24
11. Poison/Aftermath 03:57
12. (intersection) 02:23
13. Phantom's Journey 05:31
14. The Apparition 01:23
15. The Mill 04:36

 

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