Reporter pour un journal dédié à l’étrange, Robert le Diable fait route pour le « Bois Tordu », le lieu-dit de Gascogne où réside un ancien bagnard connu sous le nom du « Centenaire ». Alors qu’il parvient enfin à la bâtisse, Robert fait la rencontre du mystérieux John Smith, venu réclamer en héritage une commode appartenant au propriétaire des lieux. Car le journaliste arrive trop tard : le vieil homme est mort, et ses héritiers n’aspirent qu’à passer au plus vite à autre chose.
Le projet « Robert le Diable » ne sort pas subitement du chapeau de l’illustrateur et scénariste Isaac Wens. Celui-ci a en effet donné naissance à son personnage de journaliste plongé dans le surnaturel en 2000, avec un album éponyme déjà publié chez Mosquito. Ce nouvel album paraît cependant ne pas être une continuation directe du précédent : on y suit le protagoniste dans un tout autre cadre, celui de la campagne gersoise. L’auteur immerge ce faisant son lecteur dans une ambiance pas si éloignée que ça d’un Professeur Bell (de Joann Sfar). On y ressent un amour sincère pour un le fantastique avec une touche d’humour bien sentie, le tout saupoudré d’un ancrage local original et d’une aura de mystère qui fait sortir cet opus du lot. Et l’on pense à des romanciers comme Seignolle, Rey ou Owen en se plongeant avec le héros dans ce monde surnaturel dont il ne paraît encore rien savoir.
L’une des forces de cet album repose également sur le style graphique de Wens. L’auteur s’éloigne quelque peu de l’approche réaliste de certaines de ses séries comme London, et tire vers un rendu plus expressif, plus à même d’épouse la teneur fantastique et irrationnelle de l’histoire. À commencer par le dessin de la demeure du « Bois Tordu ». Il y a un je ne sais quoi du Philémon de Fred au niveau du trait de certains personnages (Smith), mais la mise en couleur sombre lorgne davantage vers la série de Sfar sus-citée. L’ensemble est en tout cas très réussi, et porte avec beaucoup de charme le récit où l’occultisme paraît régner en maître, sous l’ombre de William Blake.
La figure du vampire s’invite dès les premières planches : en effet, le fameux centenaire que vient visiter Robert le Diable pourrait bien être une créature de la nuit. Comment expliquer, sans cela, qu’il ait pu vivre à un âge aussi avancé que 137 ans ? Cet antagoniste ne dure cependant pas longtemps : il paraît surtout servir à lever le voile (en partie) sur qui est Smith, et ses connaissances en surnaturel. C’est en effet lui qui parviendra à mettre un terme définitif à l’existence du centenaire, à l’aide de balles en argent. Et qui aura l’idée de lui enfoncer un pieu dans le cœur pour bien s’assurer des choses.
Une découverte inattendue. Si la figure du vampire y est finalement anecdotique, l’ambiance que dégage l’album, le mystère qui entoure La mésange et le jeune garçon qui l’accompagne, de même que la quête de Pyecraft ne peuvent qu’attiser la curiosité du lecteur féru de fantastique. J’attends néanmoins les prochains volets pour confirmer.


