Robert, Valérie. La Dame noire

Condamnée par les hommes, elle n’attendait que de mourir… Au lieu de quoi elle a sombré durant plusieurs siècles dans un profond sommeil ! À son réveil, elle erre dans son château en ruines, rapièce des lambeaux de mémoire, terrorise le vallon et découvre sa nature immortelle de vampire. De son passé de dame noble et intouchable ne demeure plus que sa sinistre réputation, les superstitions qu’elle a engendrées. Et l’obscure prophétie d’un prêtre que tous préféraient croire fou. De l’éternité angoissante qui s’ouvre à elle naît alors la paradoxale urgence de donner enfin un sens à son existence…

Avant d’aller plus en avant dans l’avis qui suit, je dois avouer que le roman de Valérie Robert a été l’objet d’une agréable surprise. La raison de cet étonnement tient à l’aspect quelque peu austère augurait de prime abord par la couverture. Celle-ci ne rend, à mon sens, absolument pas justice à la qualité du livre et à ce qui attend le lecteur. Car malgré une sortie des plus discrètes, La Dame noire est une grande et belle histoire qui ne démérite en rien aux côtés d’œuvres recommandables du même acabit.

Les raisons d’étayer un tel engouement ne manquent pas. Tout d’abord, l’une des réussites du récit consiste à matérialiser un univers féodal simple, cohérent et crédible. L’extravagance et le superficiel n’ont pas leur place sur les terres d’Akanta. L’auteure développe son roman autour d’un imaginaire possédant sa propre géographie, ses patronymes, ses cultes religieux et ses mœurs… Un vrai travail de fond qui sert de base solide au background.

Deuxième point qui a happé mon attention en cours de lecture : Valérie Robert écrit très bien. Sa plume est fluide, habile dans les tournures narratives et les dialogues, pour les mises en ambiance également. Elle parvient avec une justesse tout artistique à insuffler vie et émotions à ses personnages. Cette propriété est d’ailleurs importante à souligner car littérairement, l’auteure parvient à synthétiser richesse du vocabulaire et efficacité.

L’intrigue a fait l’objet d’un découpage soigné qui transparaît à chaque chapitre. On assiste à la déchéance d’une femme anonyme en guise d’ouverture, avec les geôles et l’agonie d’une inconnue pour décors. Dès les premières pages, le ton est ainsi donné. Puis la vampire se relève d’entre les morts, égarée, assoiffée, semant la désolation sur son passage. Solitaire, elle se terre dans les vestiges de son domaine en ruine, en proie au désarroi pour rassembler les fragments de son passé terrifiant. La châtelaine en disgrâce n’aura dès lors de cesse de vouloir raviver sa funeste gloire d’antan. Et il se pourrait bien qu’une sorcière de sang et sa fille adoptive deviennent ses meilleures alliées.

On retrouve un peu de la triste grandeur d’Elisabeth Báthory et de Carmilla dans le personnage de Kalisha Marga, rien que ça. Cruelle, égoïste, immorale, et pourtant… les bribes d’humanité qui filtrent de cet être pervers n’en ressortent qu’avec davantage d’éclat. Même les monstres peuvent aimer. Avec talent mais sans concession, l’auteure s’approprie ainsi l’un des thèmes les plus intarissables de la fiction vampirique. Car si la châtelaine de Valtra s’est livrée autrefois aux pires atrocités, si elle continue à tuer en parfait prédateur, son cœur laisse malgré tout une place pour un amour saphique pudique, presque innocent.

À signaler tout de même, La Dame noire est un roman sombre, aux atmosphères mélancoliques. Ceux en quête d’une œuvre gothique seront ravis. Les descriptions évoquées plus haut sont ciselées, mais nombreuses. L’histoire impose un vrai investissement de lecture pour en capter la quintessence. Il ne mérite pas de se voir enchaîner à la suite d’ouvrages plus anecdotiques.

Avec Kalisha Marga, Valérie Robert renoue avec la femme vampire dans toute sa dimension tragique et maudite. Une brise classique souffle sur ce roman à savourer. Une plume douée au service d’un univers auquel on a envie de croire, d’une romance subtile et d’une histoire de caractère. La Dame noire est une belle surprise qui ne manque pas de cordes à son arc pour séduire.

Une réponse à Robert, Valérie. La Dame noire

  1. pacha dit :

    Je confirme – livre envoutant. A découvrir en urgence.

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