Barde-Cabuçon, Olivier. Le carnaval des vampires

Après une affaire ayant mal tourné, le Chevalier de Volnay et son père, un moine hérétique, fuient vers Venise. Les deux hommes découvrent que la jeune Violetta, que le Moine considère comme sa fille adoptive, gère en leur nom un palais vénitien abandonné. Rapidement, le procurateur Cordolina, une vieille connaissance dont la fille a autrefois échangé un baiser avec Volnay, leur demande leur aide. Des cas de résurrection et des victimesde meurtres retrouvés exsangues inquiètent le politicien.D’autant que la population, craignant l’implication de vampires, profane les cimetières pour déterrer des cadavres, et leur percer le cœur avant de brûler les corps.

Si je connais l’existence de la série Une enquête du commissaire aux morts étranges depuis un petit moment, il aura fallu qu’Olivier Barde-Cabuçon se penche sur le sujet des vampires pour me décider enfin à m’essayer à cette saga policière historique plutôt bien cotée. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, cet opus se déroule à Venise, une ville qui a déjà été convoquée en binôme avec la figure du vampire, que ce soit en fiction (Assassini de Jon Courtenay Grimwood) ou en essai ésotérique (chez Jean-Paul Bourre). La ville du faux-semblant s’avère en effet un terrain propice à des variations autour de la figure du buveur de sang.

Ne connaissant pas la série, ses personnages et leur passif, il m’a sans doute fallu plus de temps qu’un lecteur au fait des aventures du Chevalier de Volnay et de son père pour pleinement trouver mes marques. Mais d’emblée, l’idée d’un enquêteur de l’étrange dans l’Europe du XVIIIe siècle avait de quoi me séduire. La trame est ingénieuse, tire profit de la politique complexe de la Sérénissime tout en s’intégrant dans la topographie. L’auteur distille de nombreux éléments historiques pour le profane, mais évite de trop sombrer dans la surenchère encyclopédique. De quoi planter un décor convaincant au sein d’une ville mythique qui a, à cette époque, perdu de sa superbe, mais s’échine à se voiler la face.

L’enquête n’est pas en reste, et tous semblent se jouer du duo d’enquêteurs. Où est la réalité ? Où est la fiction ? Dans une cité où tous aiment à se faire passer pour ce qu’il ne sont pas, et où une partie de la population a la superstition chevillée au corps, difficile de s’y retrouver. La trame d’Olivier Barde-Cabuçon évolue sur la corde raide, et balance entre surnaturel et explication rationnelle. Sans pour autant trancher réellement, pour le plus grand plaisir du lecteur.

En ce qui concerne l’intégration des mythèmes liés au vampire, il y a énormément à dire. Le connaisseur du sujet comprendra rapidement que l’auteur a une connaissance assez large de la figure du vampire, qu’il s’agisse de la littérature de fiction (difficile de ne pas penser à Gail Carriger dans le parallèle entre la société des vampires et les abeilles), ou du folklore rattaché à la créature. (Calmet, Ranft et l’hystérie vampirique du XVIIe est très présente dans le récit, depuis ses prémices sur l’île de Mykonos) … mais aussi des découvertes récentes comme celle d’un crâne avec une brique enfoncée dans la bouche sur l’île de Lazaretto Nuovo (et l’approche vampirique de cette affaire). Barde-Cabuçon n’en oublie pour autant pas les codes classiques : plusieurs personnages font attention d’être invités avant de pénétrer dans un lieu, certains évitent également les Églises. Et les vampires ne semblent pas pouvoir évoluer en journée, même si la légende prête à un bijou en possession de leur Reine la capacité de permettre à celle-ci de se déplacer au soleil. Enfin, dans l’esprit des habitants de Venise, la seule manière de tuer un vampire est de le décapiter, de lui planter un pieu en plein cœur et de brûler le corps. Sachant qu’un vampire enterré paraît à même de contaminer les tomes environnantes.

Littérature policière et vampire font bon ménage depuis longtemps. Mais il faut avouer que ce jeu sur la figure du vampire a trouvé un sursaut d’intérêt depuis quelques années. Ça a été le cas pour Fred Vargas dans son Un lieu incertain, et plus récemment pour La Soif de Jo Nesbo. Olivier Barde-Cabuçon va un cran au-delà, car son approche montre un intérêt pour le sujet qui va dans une direction quelque peu différente, puisant aussi bien dans la fiction que dans les mythes folkloriques qui prédate l’émergence du vampire littéraire. Le résultat est chaudement recommandé, et plaira à ceux qui apprécient des textes montrant des influences digérées. Et le cadre de la ville de Venise, particulièrement bien reconstitué, ne gâche rien, au contraire !

Barde-Cabuçon, Olivier. Le carnaval des vampires

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