Mei, Kailyn. Interview avec l’auteur d’Union mortelle pour un vampire

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour à tous. Je m’appelle Kailyn Mei, 29 ans depuis peu, et je suis auteure à casquette multiple : je suis bénévole depuis 2008 pour les éditions du Petit Caveau, que ce site connaît bien puisque nous partageons une passion commune pour le vampire, ainsi que pigiste pour Manga 10000 images et Coyote Mag, respectivement revue et magazine consacrés au manga et à la culture pop japonaise. Je n’étonnerai donc pas grand monde en précisant que j’ai un master de civilisation japonaise et une licence de chinois. Mon pseudonyme vient du nom que j’ai pris lorsque j’ai travaillé un an à Taïwan (c’est une version sinisée de mon vrai nom). Actuellement, je finis une formation professionnalisante pour être professeur de français… si possible en Asie. Récemment, j’ai aussi cofondé avec Ambre Dubois la collection gothique du Petit Caveau.

Je tiens par avance à m’excuser des réponses possiblement très longues pour les questions suivantes : mon principal défaut est d’être bavarde. Mon second défaut est de ne pas réussir à trouver le bouton-stop.

Votre roman Union mortelle pour un vampire est sorti il y a maintenant quelque mois aux Éditions du Petit caveau. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

Je suis tentée de répondre « non », parce que je risque de donner l’impression d’une auteure qui suit ses idées comme elles arrivent !
Il y a de cela quelques années, le Petit caveau a créé un appel à texte intitulé Vampire Malgré Lui. Globalement, nous voulions des textes qui sortaient des archétypes récents du vampire séducteur ; donc, tout sauf celui de la bit-lit et de la paranormal romance. Je n’avais pas l’intention d’y participer, car envoyer un texte à une maison d’édition où j’étais investie me posait un problème moral. De toute façon, je n’avais aucune idée.
Cependant, le sujet m’a fait réfléchir à toutes ces petites choses qui m’agaçaient chez le mâle vampire dans la bit lit et la paranormal romance : son arrogance, sa beauté, sa richesse (car, oui, il est souvent riche), son côté « je suis dangereux, oui, mais, en fait, non, pas aujourd’hui, je suis amoureux », voire son « végétarisme » revendiqué, sa grande vitalité sexuelle, etc. C’est 80 % de ce que l’on doit recevoir en comité de lecture. J’ai secoué la pulpe, et c’est devenu petit à petit Andrew, mon « endive » vampirique en crise identitaire et que tout son entourage méprise. L’enquête, en vérité, n’est qu’accessoire. Certains lecteurs ont trouvé dommage que les choses soient prévisibles, mais c’est voulu et assumé. Andrew ne voit rien et subit. Il admet lui-même être particulièrement naïf et bête ! Mais ce qu’il vit l’oblige à ouvrir les yeux sur certaines choses. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un roman initiatique, mais je m’en suis inspiré sur certains points.
L’univers, quant à lui, est dérivé d’une nouvelle boy’s love que j’avais publiée aux Éditions Muffins vers 2008, Macabre illusion, et d’un projet de série qui n’a jamais abouti où William et Keita apparaissaient déjà. Elle était plus centrée sur le monde des fantômes et des sensibles. Le ton était aussi bien plus dramatique.

Enfin, mon expérience de l’édition et les anecdotes que l’on m’a racontées m’ont inspiré le personnage de l’écrivain ainsi que certains points du scénario. Bien sûr, tout est exagéré, mais des auteurs qui ont reçu des menaces de mort jusque chez eux, j’en connais personnellement.

Le premier jet d’Union mortelle pour un vampire s’appelait Je suis un cliché ou l’histoire de ma (presque) mort. C’était une novella moitié moins longue que le roman actuel. Je cherchais surtout à me remettre le pied à l’étrier sans prise de tête. Mon master de japonais m’avait poussé à abandonner tous mes projets d’écriture et m’avait laissée exsangue, j’avais renoncé au doctorat malgré une mention très bien et j’étais en pleine réorientation avec les doutes qui s’accompagnaient – et peut être en crise comme mon antihéros. Avec l’accord d’Ambre Dubois, qui ne l’avait pas encore lu, je l’ai anonymisé et soumis au comité du Petit Caveau afin d’éviter les biais. Et, suite à un premier retour, la novella a doublé de volume pour devenir le roman que vous connaissez à quelques détails près…

Vous choisissez de mettre votre personnage masculin au centre du roman, en opposition avec ce qu’on voit en règle générale dans le genre. Pourquoi ce choix ?

Au-delà de ce que j’ai expliqué plus haut, c’est-à-dire prendre certains clichés du vampire en bit-lit et les détourner à ma sauce, ce qui nécessitait obligatoirement un homme en tant que héros, je voulais aussi proposer autre chose que l’éternelle héroïne qui se découvre des supers pouvoirs et tombe amoureuse d’un (ou de plusieurs) beau gosse avec qui elle finit ou, du moins, vit une romance torride. Quand il n’y a pas un trio ou quatuor amoureux, voire un harem… ! En plus, écrire un roman où le fameux mâle alpha n’est pas toujours doué et accumule les tuiles, ça m’intéressait bien plus. Alors que des héroïnes qui galèrent, il y en a pas mal !

Cependant, j’ai brièvement tenté de réécrire le roman avec un narrateur (ou point de vue) omniscient, suite notamment à une critique assassine de l’une des lectrices du comité me conseillant d’arrêter à jamais l’écriture. Cela ne fonctionnait pas. Andrew est trop égocentrique pour permettre à un inconnu de raconter ce qui lui arrive !

Quel regard portez-vous sur l’évolution du vampire en littérature ces dernières années ?

Mitigé ?

Contrairement à un certain personnage de mon roman, je n’ai rien contre Twilight, même si je n’ai pas réussi à finir le premier volume. Cependant, je comprends tout à fait que cette série plaise et j’aurais sûrement aimé quand j’étais plus jeune. Après tout, j’ai lu la toute première édition de Vampire Diaries (celle sortie juste après 2000) et je l’avais appréciée. Mais j’ai de loin préféré La solitude du buveur de sang de Annette Curtis Klause, qui est un véritable roman initiatique parlant de l’acceptation de la mort plutôt qu’une romance pour ados avec un vampire. En plus, le vampire en question est loin d’être « végétarien ».

Ceci étant dit, je suis véritablement estomaquée devant la quantité de romans bit-lit et paranormal romance brassant peu ou prou la même histoire, où le vampire est facilement interchangeable avec n’importe quelle créature surnaturelle et où il n’y a plus vraiment de questionnement sur sa nature, sa monstruosité. Le vampire est purement réduit à un objet de fantasme glamour, tout comme son cousin le thérianthrope. Mais je ne prétends pas écrire mieux que ces personnes, loin de là, et j’ai emprunté à ces romans – Union mortelle est ancré dans un esprit bit-lit et je ne renie pas cet ADN. Cependant, en tant que lectrice, j’éprouve un sentiment de lassitude, d’autant plus que je lis un paquet de manuscrits avec des « héroïnes lycéennes avec super-pouvoirs qui tombent amoureuses de gentils vampires sexy » pour le Petit Caveau… (je me sens soulagée de me consacrer à la collection gothique depuis quelques mois).

Un auteur ne peut pas échapper à ses influences et, parfois, à un certain formatage imposé par un genre précis (il suffit de discuter avec les auteurs de romance : entre leurs aspirations et les codes que les lecteurs veulent voir respecter, ce n’est pas toujours simple), mais j’ai l’impression que la bit-lit et la paranormal romance en viennent à souffrir du même problème que la fantasy et ses copies du SDA par de jeunes auteurs fans. Il y a une tendance à l’imitation et au surplace. Sans doute faut-il relativiser en se disant que le net et le fait que l’écriture soit accessible démultiplie le phénomène (j’imagine que des gens ont imité Anne Rice aussi, mais n’avaient pas forcément moyen de publier).

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

Ma toute première rencontre a dû être le dessin animé Ernest le vampire, qui m’a traumatisé à cause des mésaventures du personnage éponyme (et là je songe que j’ai manqué une comparaison entre Andrew et Ernest !). Par la suite, j’ai collectionné tous les romans YA/adulte qui me passaient sous la main en matière de vampire (et plus largement d’horreur), et j’ai découvert Buffy.

Ma dernière rencontre… Oulà ! Difficile à dire. Je suis en train de travailler sur un recueil de Denis Labbé qui doit paraître dans la collection gothique du Petit Caveau ; certains antagonistes d’une des nouvelles sont inspirés des Strigoï. Hors Édition du Petit Caveau… je pense que ce sont les Nécrophiles anonymes de Cécile Duquenne qui m’a le plus emballé récemment. Sauf que nous étions aussi sur les rangs pour le publier à l’époque, donc… ! Le serpent se mord la queue (ça tient presque du jeu de mots douteux). Alors, vraiment sans aucun rapport avec la maison d’édition, j’ai commencé Rose morte de Céline Landressie l’année dernière. J’adore. Et je n’ai toujours pas eu le temps de finir… !

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

Il faudrait une thèse complète pour aborder ces deux questions, car le vampire se manifeste sous de nombreuses formes. Même Stargate Atlantis possédait sa relecture ! Elle est très différente du Dracula de la Hammer.

Cependant, je pense que la fascination que les gens ressentent en général pour les vampires s’approche de celle qui nous pousse à nous passionner pour des antihéros psychopathes comme Dexter et Hannibal Lecter. Sauf dans quelques cas exceptionnels, le vampire nous ressemble et, sauf s’il porte une cape et vit dans un château roumain comme le Comte, sa nature n’est pas forcément devinable (c’est le cas aussi du héros psychopathe ; même dans la réalité, il est souvent anodin, voire charmant, et ses voisins ne le soupçonnent de l’être). Cependant, le vampire comme le psychopathe est divergent de par ses désirs interdits et immoraux – désirs subis ou recherchés. Le vampire éprouve un besoin insatiable de tuer de par sa nature duale : moitié homme moitié prédateur. Tout comme le psychopathe qui ne contrôle pas ses pulsions. Parfois, il s’agit d’un impératif biologique dont il souffre et qui nous pousse à la compassion (comme chez Louis chez Anne Rice, par exemple), parfois, il tue parce qu’il y prend un plaisir sadique (Angelus et Spike dans Buffy, où les vampires sont le reflet dénué d’âme et donc de jugement moral des humains qu’ils étaient). Le vampire fascine parce qu’il représente, au fond, tout ce que nous nous interdisons, cette part d’ombre que nous gardons soigneusement secrète. C’est un personnage au-delà des normes, étranger à notre société, en dehors du temps (il est éternel et potentiellement immortel), qui peut se permettre à peu près tout ce que nous nous interdisons de par notre éducation et les lois juridiques ou religieuses. C’est peut-être aussi pour cela que certains auteurs l’ont assimilé à d’autres sujets tabous, tels que l’homosexualité ou la bisexualité. Le vampire est déjà transgressif, alors un peu plus ou un peu moins…

On pourrait d’ailleurs en dire de même du thérianthrope, dont le loup-garou est le représentant le plus célèbre. Là encore, nous parlons d’un homme prisonnier de sa part prédatrice. Une thématique tout aussi présente dans Docteur Jekyll et Mister Hyde, d’ailleurs.

Cependant, et j’en reviens à la question sur l’évolution, la figure du vampire a changé dans la littérature dite féminine (je n’aime pas vraiment ce terme, car je pense qu’un homme peut tout à fait lire ou écrire de la bit lit et de la romance). Il s’est adouci pour devenir plus séducteur que tueur, plus Éros que Thanatos. Comme le Thérianthrope qui s’est humanisé, sa monstruosité a été gommée pour le réduire à un pur fantasme sexuel. On retient surtout son éternelle jeunesse, sa force, sa beauté… Néanmoins, je ne suis pas pessimiste : il y a de la place pour tous les vampires et cela ne signifie pas que le vampire torturé, voire monstrueux, est voué à disparaître !

Avez-vous encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

Les deux suites d’Union mortelle pour un vampire sont en cours d’écriture. M’étant aperçue que le scénario du second volume, Rituel mortel, partait dans tous les sens (il s’annonçait deux fois plus long que le premier, gloups !) et que l’évolution d’Andrew était trop brutale, une novella intermédiaire et « prologue » à Rituel mortel s’intercalera : Plutôt mort que vivant. Le premier jet est en ligne sur mon profil Wattpad, mais je suis en train d’en faire un « extreme make-over » pour la maison d’édition, car c’est une vraie horreur, comme tout premier jet !

Le thème du premier volume était, à mes yeux, « peu importe ce que les autres exigent de vous, restez-vous même ». C’est ce que choisit Andrew à la fin en restant fidèle à certains de ses principes moraux. Cependant, les suites seront moins positives, tout en conservant quand même une touche d’humour. Je n’aime pas faire du surplace, alors mes héros ne peuvent pas non plus. Andrew sera contraint d’évoluer, pas forcément en bien, à la fois à cause de certains aspects non soupçonnés de sa nature (n’oublions pas que, tout vampire qu’il soit, il n’a rien d’un expert en surnaturel, trop occupé qu’il était à regarder son nombril) et à la fois à cause des événements.

Ceci dit, je ne pense pas réaborder le thème vampirique en dehors de cette série. Premièrement parce que l’univers d’Union mortelle a suffisamment de potentiel pour que d’autres héros y vivent des aventures, deuxièmement parce que je ne vois pas l’intérêt dans l’immédiat d’aborder un autre type de vampire dans un roman indépendant. Ainsi, l’année dernière, j’ai sorti Le roi des tréfonds, un roman autoédité (mais avec l’aide de certaines personnes du Petit Caveau), qui se rapproche un peu plus de l’horreur lovecraftienne, et je travaille actuellement sur sa suite (il s’agit d’une duologie). J’en ai vendu presque 200 depuis septembre en numérique et en papier, il est aussi disponible gratuitement sur Wattpad ( https://www.wattpad.com/user/KailynMei ), mais je ne pense pas réitérer l’auto-édition, car c’est fiscalement trop compliqué. Je travaille aussi sur un autre projet, Les fiancées du crépuscule, qui a pour héros un jeune hermaphrodite en plein 19e siècle, victime d’étranges visions.

Enfin, j’ai un salon prévu prochainement avec le Petit Caveau : Atrebatia à Arras, les 20-21 février.

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