Bonjour Ariane. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?
Je m’appelle Ariane Louis-Seize, et je suis la réalisatrice et co-scénariste du film Vampire humaniste cherche suicidaire consentant. La première du film a eu lieu le 03/09/2023 à l’occasion de la Mostra de Venise. Sa sortie dans les salles françaises est programmée pour le 20/03/2024.
Vampire humaniste cherche suicidaire consentant sort dans quelques semaines dans les salles françaises. Pouvez-vous nous parler de sa genèse, sachant que je crois comprendre que c’est votre premier long-métrage ?


Quand j’ai commencé à travailler sur Vampire humaniste, C’était aussi le début de la pandémie, je n’avais pas envie d’écrire un film trop lourd, trop dramatique. Je suis allé chercher une de mes amies, Christine Doyon, qui a co-écrit le film avec moi et qui a un super humour. Je me suis dit que les scènes seraient plus intéressantes si on travaillait à deux, et si on essayait de pousser le sujet jusqu’au bout. Le côté ludique de cette proposition nous a fait du bien pendant la COVID.
Le Québec a un passif avec le vampire, avec les deux volets de Karmina, qui ont aussi été un jalon pour ce qui est du cinéma de genre local. Est-ce que ça a été une influence pour vous ?

Avec Sasha et sa famille, vous posez l’idée d’une norme, tout en mettant votre héroïne dans une posture d’anormalité. Comment en arrive-t-on là avec le vampire, après des avatars passés comme Dracula ou Lestat ?

Il y a aussi, il me semble, une thématique sous-jacente qui s’impose dès le titre du film et l’usage du mot « consentant » : On comprend que ce qui pose souci à Sasha dans l’acte vampirique, c’est la violence forcée exercée par les vampires à ce niveau. Jusqu’au final, en résonance avec la question des soins palliatifs, et du droit à mourir.
C’est un choix conscient, mais qui ne s’est imposé que progressivement, en réfléchissant au personnage. Comment trouve-t-on une façon éthique de se nourrir quand on est une vampire qui tend vers l’humanisme ? Boire du sang est une obligation pour elle, sinon elle meurt. Elle en vient même à se dire : « ma vie vaut-elle davantage que celle des gens que j’aurai à tuer ? » C’est des questions qu’on a dû se poser en tant que scénariste. En règle générale, quand on s’en prend à quelqu’un pour le tuer, on va à l’encontre de sa volonté. Personne, ou presque, ne veut consciemment mourir. Cette idée lui permet de faire face à cette charge mentale, même si cela crée aussi des rapprochements et des complications. Et derrière l’idée de faire un film de vampire, il y a celle de vouloir parler de notre société, où le sujet de consentement est devenu central, et tant mieux. J’avais envie de participer à cette réflexion, sans faire frontalement un film sur le thème. Reste que comme je l’ai dit avant, c’est venu en premier lieu avec la nécessité de répondre à la question : comment un vampire peut-il se nourrir de façon éthique.
A voir votre film, on sent certaines influences de films sur le sujet. Je pense au Vampire de Shunji Iwai, à Morse de Tomas Alfredson ou au A Girl Walks Home Alone at night de Ana Lily Amirpour dont on a déjà un peu parlé. Est-ce que c’est là le cœur de vos influences, ou faut-il aller les chercher ailleurs ?

Au niveau de la direction artistique, des costumes et des maquillages, Only Lovers Left Alive a aussi eu une certaine influence sur moi. Dans ce film, Jim Jarmush parvient à créer des vampires étranges, en décalage avec le reste du monde. Et dans le même temps, ils sont parfaitement imbriqués dans le réel. Je n’avais pas envie d’aller vers quelque chose de trop classique « vampire », avec des costumes, à la Entretien avec un Vampire ou Dracula. Je visais quelque chose de vraiment contemporain, ce qui explique sans doute les films sur le sujet qui m’ont inspiré.
Les grosses productions actuelles, comme Renfield ou The Last Voyage of the Demeter ne cessent de pressuriser la figure du vampire. Et à côté de ça, on note un retour des productions qui sortent des poncifs, notamment dans la francophonie, avec La Morsure de Romain de Saint-Blanquat, votre film ou Le Vourdalak d’Adrien Beau.
Les grosses productions qui reprennent l’idée d’un vampire assoiffé de sang, et sont globalement sans nuances, ne m’attirent pas du tout. Du moins c’est comme ça que je les imagine, ne les ayant pas, pour la plupart, vues. Pour moi il n’y a aucun intérêt à faire du réchauffé, reprendre les films qui ont fonctionné, les mêmes structures et archétypes.
Pour ce qui est du renouveau pour le sujet, je n’ai pas d’explication générale. Pour moi, l’intérêt est lié au terrain de jeu qu’offre cette figure de l’imaginaire, pour parler de nos contradictions et de la société actuelle. Ça a toujours été un peu ça, l’intérêt du vampire, d’amener un décalage vis-à-vis du sujet qu’on cherche à aborder. Ça permet d’initier un dialogue, mais de façon moins frontale.

Au Québec, il y a un film de zombies qui a très bien fonctionné, Les Affamés de Robin Aubert (2017). C’est un film avec une vision d’auteur, pas du tout mainstream. Je pense que ça a un peu ouvert la voie au financement, pour ce qui est du Québec. Cette année en dehors de mon film, il y a aussi eu Les Chambres Rouges de Pascal Plante. Ce n’est pas un film fantastique, mais bien un film de genre. Ce qui prouve qu’il y a de la place pour créer des œuvres qui sont hors cadre, en dehors du drame et des mélos. Je ne dis pas qu’on ne propose que des œuvres dans ces deux registres, mais on pouvait avoir l’impression que c’était plus facilement finançable.
En ce moment, aussi les choses ne vont pas bien dans le monde, entre les guerres, l’écologie. Il y a une sorte de refuge que l’on trouve à créer des œuvres comme celles-là, très viscérales.
Quelles sont vos premières et dernières rencontres, que ce soit en littérature et au cinéma ?

Le premier film de vampire qui m’a marqué, c’est sans hésitation The Hunger (1983) de Tony Scott. Du moins c’est le plus ancien dont je me rappelle. Le plus récent, ce serait La Morsure de Romain de Saint-Blanquat.

