Kümel, Harry. Les lèvres rouges. 1971

Lorsqu’un jeune couple fait halte à Ostende pour quelques jours, les époux sont loin de se douter de ce qu’ils rencontreront lors de leur voyage de noces. L’hôtel désert dans lequel ils s’installent est rapidement visité par une comtesse et sa camériste. La même semaine, plusieurs meurtres mystérieux sont commis non loin, à Bruges, sur de chastes jeunes filles.

Les caractéristiques du genre sont globalement respectées : la soif de sang ou de vie, l’humour noir, la crainte du soleil et de l’eau courante, le teint blafard et l’élégance intemporelle. Point d’effusion d’hémoglobine malgré tout, seulement quelques blessures et autres passages érotiques. Comme souvent, le nombre de personnages est réduit au strict minimum : un couple innocent, un couple saphique, un concierge d’hôtel et quelques figurants. C’est essentiellement dans son esthétique que ce film trouve son intérêt.

Et d’esthétique, nous ne sommes pas en reste. La photographie est soignée avec de belles perspectives et des décors très réussis. La musique originale de François de Roubaix est très à propos et a notamment fait l’objet d’une édition en 33 tours. Le jeu des acteurs est enfin impeccable : sans fioriture ni indécence, les scènes de nu et d’amour ne choquent pas plus qu’elles ne dérangent. La magnifique Delphine Seyrig porte déjà la robe rouge d’India Song (Marguerite Duras, 1974) ; sa voix, grave et mélancolique, envoûte et contraste à elle seule avec tout le reste du film.

Par-dessus tout cependant, la véritable beauté de cette œuvre réside en le saphisme délicat de la comtesse Bathory. Entre elle et sa demoiselle de chambre, puis avec Valérie, la jeune épouse de Stephan ; l’aura vampirique qui émane de son corps soumet tout son entourage à ses désirs, et l’être assoiffé de sang n’aime pas la solitude. Quelques soirées ensemble et puis c’est le drame. Elizabeth ne renaîtra pas ; à Valérie de surgir des dunes d’Ostende.

À voir pour la timide et merveilleuse rougeur d’un baiser féminin.

Kümel, Harry. Les lèvres rouges. 1971Kümel, Harry. Les lèvres rouges. 1971Kümel, Harry. Les lèvres rouges. 1971

Une réponse à Kümel, Harry. Les lèvres rouges. 1971

  1. Vladkergan dit :

    Un film auréolé d’un certain culte que je n’avais pas jusque-là eu l’occasion de voir, ce que les Hallucinations Collectives 2012 des amis de ZoneBis m’ont enfin permis de corriger, et sur grand écran qui plus est.

    A l’instar du Vampyros Lesbos de Jesus Franco, connu pour être le maître étalon du genre, Les Lèvres Rouges est un incontournable de la vague des films de vampires lesbiens, la dimension saphique prenant ici une place centrale.

    Car si on suit dans un premier temps un couple de jeunes mariés, l’arrivée de la comtesse Bathory et de sa secrétaire vont rapidement mettre à mal idylle des jeunes amoureux, et contribuer à mettre en évidence les failles d’un mariage trop rapide, bâti sur des non-dits. L’ambition de la comtesse de mettre en place un carré amoureux, utilisant sa propre compagne pour manipuler Stefan et ainsi attirer à elle Valérie.

    J’avoue avoir accordé nettement plus d’intérêt à l’esthétisme du film qu’à son scénario, certaines scènes s’avérant un peu too much (surtout vers la fin du film, qui flirte avec le grand guignol). Reste que visuellement parlant, le film recèle de très belles trouvailles, que ce soit la vision d’Ostende totalement déserte, et cet hôtel qui devient presque un personnage à part entière, et les jeux de couleurs autour du personnage de la comtesse, dont la beauté diaphane détonne avec les couleurs carmines dont elle s’habille. Sans compter certaines scènes de nuit où sa part vampirique est magnifiquement filmée, le réalisateur appuyant son côté vamp par des clins d’œil magnifiquement mis en scène à Irma Vep (notamment lors de la scène sur la plage).

    L’aspect vampirique est ici essentiellement suggéré, même si on comprend rapidement que la comtesse et sa sanglante aïeule ne font qu’un. Le maître d’hôtel ne s’y trompe d’ailleurs pas, lui qui se rappelle avoir vu la comtesse tout aussi jeune des dizaine d’années auparavant. On comprend par contre rapidement que la comtesse ne supporte pas la lumière du jour et qu’elles et sa secrétaire ont besoin d’un apport particulier de manière régulière. Un besoin qui laisse dans leur sillage des victimes exsangues. Un objet pointu enfoncé en plein coeur semble enfin la seule et unique méthode de les détruire.

    Un très beau film, qui vaut surtout par ses qualités esthétiques, le scénario et certains rebondissements ayant assez mal vieilli. Reste que le film de Harry Kümel possède une ambiance réussie, centrée (comme de coutume) autour du personnage de la comtesse, interprétée par la troublante Delphine Seyrig.

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