Maddin, Guy. Pages from a Virgin’s Diary. 2002

Vous aimez Dracula, la danse, Gustav Malher et l’expressionnisme allemand? Et bien vous allez être ravis par cette version sublimée du célèbre roman de Stoker, Dracula. Mais attention! Ici, le point de départ de l’histoire n’est pas le journal de Jonathan Harker mais celui de la gracieuse Lucy pour qui la vie semble être tracée comme sur du papier à musique…

La première partie de ce « drame chorégraphié » est basée sur le journal de Lucy Westenra et suit quasiment à la lettre le récit. Les scènes sont ponctuées de tableaux vivants et la chorégraphie est en parfaite adéquation avec la musique. La vampirisation de Lucy semble être un rêve et toute sa beauté de vamp s’exhale dans le tombeau face à ses hommes qui la délivrent du Mal. La deuxième partie du film reprend l’histoire de Jonathan puis nous amène directement au château du distingué Comte… d’origine chinoise car joué par l’acteur Wei-Qiang Zhang. Enfin un Dracula à contre-courant qui a su garder toute sa prestance!

Quelques traces de sang rouge viennent coloriser ce film en noir et blanc qui rappelle en beaucoup d’endroits le célèbre Nosferatu de Murnau, et des bruitages (parfois inattendus) viennent rehausser les scènes les plus intenses de ce film muet. Cette oeuvre transporte littéralement le spectateur dans un ballet grandiose où la musique de Malher prend toute son ampleur.

On pourra finir par cette phrase du réalisateur lui-même (tirée du site Festival International du film de la Rochelle http://www.festival-larochelle.org/html/film.asp?id=155)

« Il y a une forte pression du public pour que l’image et le son soient au service d’un réalisme banal… Quand on lit un livre, on a envie d’être transporté dans des endroits merveilleux, et quelques-unes des histoires les plus marquantes qu’on nous ait jamais racontées, sont celles que nous écoutions enfants. Pourquoi n’exercerions-nous pas cette tradition de l’enfance dans des formes adultes qui dégageraient ces émotions que les enfants ressentent. C’est le but que je me suis fixé. » – Guy Maddin

En un mot : enchanteur…

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Une réponse à Maddin, Guy. Pages from a Virgin’s Diary. 2002

  1. Vladkergan dit :

    Enfin un film novateur qui adapte avec brio l’oeuvre centenaire de Stoker. Maddin choisit ici de transformer le récit de Stoker en un film décalé, véritable ballet muet sur la musique de Gustav Mahler. Les morceaux du célèbre compositeur colle terriblement bien au récit, et contribuent à l’atmosphère fantastique qui parcourt le récit qui nous est retracé ici. Le film de Maddin n’est cependant pas un simple hommage au cinéma muet, car le réalisateur se permet d’employer des procédés (insertions de bruitages, apparition de couleur – le rouge sang pour être précis -) qui donnent une saveur unique à ce petit bijou de cinéma, qui va complètement à contre-courant de la production actuelle.

    En ce qui concerne l’adaptation du roman de Stoker à proprement parler, Maddin prends certaines libertés, en consacrant davantage son film à la partir du récit dédiée à Lucy Westenra, et parvient à rendre avec une impressionnante maestria la vampirisation de la jeune femme. On assiste donc une nouvelle fois à certaines scènes phares de cette partie du récit (notamment l’exorcisme de Lucy dans le tombeau), mais le génie de Maddin leur donne un souffle unique, qui nous donne parfois l’impression de faire face à un récit neuf. L’acteur qui joue le rôle de Dracula, sans égaler non plus un Christopher Lee ou un Bela Lugosi, s’en sort avec les honneurs, et campe un personnage très juste qui exhale bien l’ambivalence amour/mort. Comme le signale Lucy, la seconde partie (à partir de la mort de Lucy) est un peu en dessous du début du film, mais cela reste néanmoins d’un très haut niveau de qualité. En effet, si la partie consacrée à Mina est toujours réalisée avec brio, les chorégraphies se font moins réussies, et les acteurs un tantinet moins convaincant.

    Il n’empêche que voilà un film que tout amateur du roman de Stoker se doit de voir sans plus tarder.

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