Ferrara, Abel. The Addiction. 1996

Comment une jeune étudiante en philosophie de l’université de New York, pétrie des maximes de Nietzsche et de Heidegger, va basculer dans la violence et l’horreur pour finir dans la rédemption. Mordue par une femme inconnue, elle va peu à peu prendre conscience de son addiction extrême pour le sang…

Véritable OVNI, ce film d’Abel Ferrara (connu entre autres pour avoir réalisé les films Bad Lieutenant et Body Snatchers) prends à contre-pied la quasi-totalité des films vampiriques connus jusqu’alors. A travers une caméra monochromatique, le réalisateur nous entraîne ainsi dans la chute d’une étudiante qui, mordue par une vampire, va très vite laisser exprimer son incompréhension et sa rage. L’image des génocides ayant traversé le vingtième siècle (de la seconde guerre mondiale au Vietnam) est très présente à travers le film, et contribue à lui donner une ambiance malsaine et pessimiste. La place de l’homme par rapport aux concepts de bien et de mal, la vision du vampirisme comme une addiction (d’où le titre du film) avec laquelle le sujet infecté doit apprendre à composer s’il veut assurer sa survie, bref ce film donne un éclairage différent et de nombreuses pistes pour inscrire le mythe du vampire par rapport aux courants de pensées du XXe siècle.

Les vampires mis en scène dans ce film ont des points communs avec le mythe habituel mais s’en détachent également sur de nombreux points. La simple morsure suffit à transformer un humain en vampire, comme dans de nombreux films et livres dédiés au mythe. Cependant, le vampire ici semble être à même de se mouvoir en pleine journée, voire être détaché de toutes les superstitions habituelles. Le vampire ici apparaît plus comme une personnification fantasmée des addictions humaines, et le film comme un itinéraire initiatique vers une élévation au-delà–delà de ces mêmes addictions.

Au final, ce film creuse la thématique du vampire bien plus loin que de nombreuses œuvres du 9e art. Pénétré de philosophie, il se veut une utilisation intelligente et approfondie du mythe, au lieu de l’utiliser pour ses simples ressorts horrifiques.

Ferrara, Abel. The Addiction. 1996
Ferrara, Abel. The Addiction. 1996
Ferrara, Abel. The Addiction. 1996

4 réponses à Ferrara, Abel. The Addiction. 1996

  1. Eh bien, on est sur la même longueur d’ondes ces derniers jours, je viens moi aussi juste de me refaire THE ADDICTION !

    Une idée importante qui, il me semble, est au cœur du film, et qu’on retrouve dans très peu de films ayant pour thème "le vampirisme & la notion de mal" : cette idée que pour s’incarner, le mal doit d’abord être désiré, accepté (voir ces scènes où les vampires préviennent leur victimes : "Dis moi que tu veux que je m’en aille" / Et cette scène où un religieux refuse le moindre contact avec la vampire en réfutant simplement "Non, je n’ai pas le temps"… Ne pas avoir de temps à donner au mal, fallait y penser !)

    Il me semble que c’est là la vraie grande trouvaille de ce film littéralement bouleversant.

  2. senhal dit :

    A mon avis, mais peut-être vais-je un peu loin, cette acceptation verbale de la noirceur s’inscrit dans le projet global du réalisateur de faire de ce film un "film d’initiation" (dans le même sens que "roman d’initiation"). L’insistance qu’il y a dans la mise en scène d’un decorum, d’un fratras philosophique (citations, étudiants, bibliothèque…) pousse à s’interroger sur le sens réel de la transformation de l’héroïne. Il y a aussi des références bouddhiste et ésotériques. Partant de ces indices, on essaye de comprendre ce qui se passe vraiment dans ce film, qui est un récit de l’Eveil dans un sens spirituel.

    Il y aurait énormément de choses à dire. Pour commencer, dans de nombreux textes (alchimiques, bouddhistes, philosophiques), il est dit que pour s’élever, il faut accepter aussi bien la noirceur que la lumière, qui sont en réalité de même nature. Tant que l’on n’a pas assimilé ça, on est habité par les passions humaines engendrées par cette tension binaire qu’on suppose à tort entre le bien et le mal. Ces passions sont représentées par l’addiction par le réalisateur : tant qu’on n’a pas dépassé ce stade, on est un vampire pour soi et pour les autres.

  3. Sig dit :

    Bonjour,

    film excellent pour ma part, mais avec Abel Ferrara, je m’y attendais un peu.

    De mon point de vue ce film prime avant tout l’addiction au sang, la soif insatiable de sang qui pousse comme un camé a faire des choses qu’il regrette par la suite.

    Quand a toute les citations philosophiques elle ne sont cités justement que pour être démenties a la fin.

    "Pour faire face à ce que nous sommes finalement nous devons affronter la lumière"

    Le style noir et blanc est vraiment à sa place dans ce film.

    A noter dans la bande son le thème "How High" de Cypress Hill.

    Bref j’adore.

  4. Foued dit :

    A noter également que ce chef d’oeuvre est sous estimé et mal distribué en France et dans les pays francophones en général, bref.

    A noter la présence dans ce bijou de l acteur Fredro Starr (du groupe Onyx) /

    Je conseille aussi de Ferrara "L Ange de la Vengeance".
    ce film la : photos.froggytest.com/d/2…
    ++

    Foued

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