al-Mansour, Haifaa. Mary Shelley. 2017

Londres, début du XIXe siècle. La jeune Mary vit avec son père et sa belle-mère. Sa mère est décédée quelques jours après sa naissance, mais l’ombre de celle-ci plane sur la jeune femme. Car Mary Wollstonecraft Godwin était une autrice et philosophe reconnue, dont l’influence perdure encore. Son père, lui aussi penseur et auteur, n’est pas en reste, mais des difficultés financières l’ont poussé à se reconvertir dans l’édition et la vente de livres. L’avenir de Mary prend un tournant inattendu le jour où elle fait la connaissance du poète Percy Bysshe Shelley, lors d’un séjour en Écosse. Elle n’a alors que 16 ans. Ce qu’elle ignore encore, c’est que celui dont elle s’est épris est marié avec un enfant.

Ce n’est pas la première fois que le personnage de Mary Shelley s’invite sur grand écran. On peut ainsi citer Gothic (1986, Ken Russel), Remando al viento (1988, Gonzalo Suárez) ou encore Haunted Summer (1988, Ivan Passer). Des films qui se focalisaient quasi exclusivement sur l’épisode Diodati, à savoir le séjour de Mary Godwin (future Sehlley), Percy Bysshe Shelley, Lord Byron, John Polidori et Claire Clairmont sur les bords du Léman. Un séjour rentré dans la légende comme ayant été le creuset de Frankenstein et du Vampire. Le biopic de la réalisatrice Haifaa al-Mansour s’éloigne de ses prédécesseurs, en débutant son récit dans les jeunes années de la future autrice. On y découvre celle-ci alors qu’elle vite aux côtés de sa demi-soeur Claire et de son demi-frère William, dans une famille recomposée autour de son père William Godwin et de sa belle-mère Mary Jane Godwin (ex Clairmont). La reconstitution est plutôt crédible, et jusqu’à un certain point le scénario d’Emma Jensen fait preuve d’une certaine fidélité à ce qu’on sait de la vie de Mary Shelley.

Pour autant, biopic oblige, on est très loin d’une narration totalement fidèle à la biographie de l’autrice de Frankenstein. Déjà, Percy et Mary ne se rencontrent pas en Ecosse, mais directement chez Godwin, à Londres. A cette époque, la future romancière n’a que 14 ans (et pas 16 comme il est dit dans le film). Après avoir exposé leurs sentiments à William Godwin en juillet 1814, ils fuient avec Claire en direction du continent, avant de revenir en Angleterre en septembre. La scénariste et la réalisatrice bouleversent et adaptent les faits: Shelley et Harriet n’ont plus qu’une fille Ianthe (alors qu’en réalité ils ont aussi un enfant, Charles). Fantasmagoriana devient le nom d’un spectacle au cours duquel Mary découvre le galvanisme. Enfin, le film ne cesse de souligner la solitude de son héroïne, qui décide de se couper des siens pour s’engager dans une union libre avant de comprendre les tenants et aboutissants d’une telle union. Il s’agit de fait d’un récit d’émancipation, qui montre d’une certaine façon la distance entre les théories (celles de William Godwin et sa défunte épouse) et la pratique, notamment sur le plan amoureux.

Si on laisse de côté le jeu de certains acteurs qui en font trop (Douglas Booth en Shelley, Tom Sturridge en Byron en tête), l’actrice principale (Elle Fanning, vue dans Twixt)  incarne avec  une certaine justesse une Mary qui va forger sa plume à l’aune de sa propre expérience de la vie. Il y a également de vrais belles scènes, comme celle où la jeune autrice et Polidori comparent leurs positions : leurs écrits matérialisent leurs relations compliquées avec un tiers qui se voit attribué la paternité de leur oeuvre. Lord Byron pour Polidori, Percy Shelley pour Mary. C’est un raccourci qui laisse sa marque, même s’il ne dit pas tout de la richesse du roman. Tout est pourtant bien là (la dimension scientifique, l’influence parentale, le deuil), pour autant le film passe à côté d’une vision artistique originale. On est loin de la folie du Gothic de Ken Russel (même si ce dernier est tout sauf parfait).

Mary Shelley est un biopic dans la pure acception du terme : c’est une mise en scène romancée qui s’empare de la biographie d’une personnalité connue. Pas totalement désagréable à regarder, et un potentiel pied à l’étrier pour qui voudrait creuser la vie de ses personnages. Reste qu’il paraît néanmoins intéressant d’analyser le projet au regard de la vie de la réalisatrice Haifaa al-Mansour. Pour son premier long-métrage, Wadjda (2012) la réalisatrice a dû se dissimuler durant le tournage à Riad. Sachant que sa première réalisation, Women Without Shadows (2005), est un documentaire sur la place des femmes dans la société saoudienne. al-Mansour est donc parvenue à s’imposer dans un pays où la place des femmes dans la société est sous contraintes. Dans une interview sur le site du British Film Institute, elle dit de Mary Shelley que ce qui lui a permis de s’identifier au personnage, c’est « combien [Mary] a souffert pour faire entendre sa voix et comment elle a essayé de se libérer des contraintes sociétales et pressions de son temps ».

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