Fujita, Kazuhiro. Crescent Moon, Dance with the Monster. Tome 1

Mary Shelley se rend au Black Museum, où elle sait que de nombreuses reliques des crimes survenus en Angleterre sont entreposées. Là, elle contemple une bottine rouge, un objet retrouvé en 1842 à l’occasion d’un bal donné par la Reine. Pour l’autrice, l’artefact n’est pas une nouveauté : elle a été personnellement mêlée à cette affaire. Quelques mois avant l’événement, tandis qu’elle tentait de subvenir à ses besoins et ceux de son fils, elle a en effet été contactée par son beau-père, lequel n’a jusque-là pas daigné les recevoir. Sur place, elle découvre que Lord Shelley a en réalité servi d’intermédiaire : l’armée demande l’aide de Mary. Une femme assassin, épéiste hors pair, a fait l’objet d’expérience après sa mort lors d’une altercation avec le capitaine Danvers et ses hommes. La défunte est revenue à la vie, après que son corps a été rattaché à la tête d’une jeune morte. L’armée envisage de faire protéger la reine par la créature. Et c’est à Mary Shelley, créatrice de Frankenstein, qu’elle offre de se charger de l’éducation de la ressuscitée.

Kazuhiro Fujita a déjà une longue carrière derrière lui. Le mangaka s’est fait connaitre dès les années 1990, avec la série Ushio to Tora, dont seul l’anime est arrivé en France. Pour ce qui est du manga, ses séries Karakuri Circus (Meian), Bakegyamon (Casterman), Moonlight Act (Kaze), Sou Bou Tei (Mangetsu), le one shot The Wicked Eyes Fly to the Full Moon (Meian) et le recueil Akatsuki no Uta (Meian) sont néanmoins disponibles dans l’hexagone. Crescent Moon, Dance with the Monster est en réalité une série reliée à d’autres productions de l’auteur : Springald et Ghost and Lady, un one-shot et une série de deux tomes proposés chez nous par Ki-oon. On y trouvait déjà le concept du Black Museum, qui offrait à l’illustrateur-scénariste l’occasion de s’intéresser à Jack l’Éventreur et à Florence Nightingale.

Après une figure de la médecine et un tueur mythique, Kazuhiro Fujita joue avec une œuvre majeure de la littérature de genre : le Frankenstein de Mary Shelley. De façon astucieuse, le mangaka exploite de nombreux éléments réels de la vie de l’autrice : sa difficulté à assurer la subsistance de son fils et d’elle-même, sa relation conflictuelle avec son beau-père. Mais surtout, il y a son lien avec Frankenstein, son œuvre emblématique. Et établis sur cette base un récit plein d’humanité et de dynamisme, dont ce premier tome apparaît comme une première pierre convaincante.

Kazuhiro Fujita s’empare du rapport entre Mary Shelley et son ouvrage le plus connu. Par les rêves de l’héroïne s’établit une connexion directe entre la créature et sa démiurge. Car comme le rappelle le monstre, si dans le roman c’est Victor qui est son géniteur, c’est bien Mary Shelley qui est derrière celui-ci. Le lien finit par devenir tangible quand Mary est confrontée à ce qu’a créé le Professeur Dippel (Johann Conrad Dippel est une des sources d’inspiration possible de Victor). Le mangaka propose ainsi – pour ce premier tome – une lecture surprenante, laquelle repose sur une solide connaissance de la biographie de Mary Shelley et la genèse de son texte phare.

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