Ward, Philippe – Lemaire, Philippe. Radu Dracula, tome 1

Tout commence en 1476, au fin fond de la Transylvanie, alors que Radu Dracula est emporté par la mort lors d’un accès de fièvre. Son périple dans l’eau-delà le conduit près du diable, qui lui propose un marché : il le renvoie sur terre, doté de pouvoirs incroyables, mais il devra partir à la recherche de ce qui empêche encore Satan de mettre un pied dans notre monde : le sang du christ. Revenu d’entre les morts, à la grande surprise de ses gens, Radu va peu à peu découvrir que les pouvoirs qui sont maintenant les siens ne sont pas sans contreparties. Bien décidé à remplir sa part du marché, il se rend donc à Constantinople, espérant trouver un érudit capable de le mettre sur le chemin du Graal. Mais les gardiens du sang du Christ ont disséminés beaucoup de fausses pistes, qui risquent fort de ralentir le vampire.

Philippe Ward, qui scénarise cet album, n’est pas un débutant dans la sphère éditoriale fantastique : directeur de la maison d’édition Rivière Blanche, romancier et novelliste. Philippe Lemaire a déjà sorti un album (déjà scénarisé par Philippe Ward) et dont le graphisme m’avait interpellé à l’époque : 16 rue du repos. Les voilà donc tous deux lancés sur un nouveau projet, qui se déclinera à la fois en roman et en BD. Ce tome 1 nous introduit donc dans l’univers envisagé par les deux auteurs, qui reviennent sur l’identité même du Dracula qui a marqué l’histoire littéraire fantastique. Partant du principe que le vampire n’est pas Vlad Tepes mais son frère Radu, les deux auteurs lancent ici les bases d’une série qui traverse les siècles, centrée autour d’un personnage tenu d’honorer son pacte avec le démon.

L’idée de départ est assez bien vue, et les auteurs vont donner au passage une petite touche mystico-ésotérique à l’ensemble, qui prend une certaine importance au fil de l’album. Philippe Ward et Philippe Lemaire se sont assez documentés pour marier réalité et fiction avec une certaine habileté, notamment quand Radu se retrouve face à Mehmet. Pas mal de choses qui attisent la curiosité du lecteur et risquent fort de voir se dessiner une confrontation entre les gardiens du sang du christ et le vampire dans les tomes à venir. Reste qu’on a parfois l’impression qu’il se passe quand énormément de choses dans ce tome, que ce soit au niveau de la temporalité (on commence quand même à l’époque de Radu pour finir à l’époque moderne), que des rebondissements et axes narratifs.

Si j’avais trouvé assez réussi le coup de crayon de Philippe Lemaire dans les planches de 16 rue du repos, je suis cependant bien moins convaincu par le rendu graphique de ce premier tome. Le trait fin du dessinateur disparaît presque complètement derrière une couleur pas très heureuse, et le coup de crayon m’a parfois semblé moins efficace que sur l’album précité. Certaines cases sont assez jolies (notamment celles qui se déroulent dans la Constantinople du 15e siècle), mais le rendu est bien trop hétérogène d’une planche à une autre, voire d’une case à une autre. Et la couverture, bien trop sombre selon moi, ne réhausse pas l’ensemble.

En ce qui concerne le mythe du vampire, les auteurs font donc du frère de Vlad Tepes un vampire. Il doit ici ses pouvoirs (capacité de se transformer en animal, très grande résistance physique), à un pacte passé avec le diable, ce qui en fait le premier vampire existant. Il craint la lumière du soleil et la nourriture humaine n’a plus aucun goût pour lui, il lui préfère le sang humain. Si la lumière semble en mesure de le blesser, il semble malgré tout bien plus résistant que les autres vampires, qu’une décapitation semble suffire à détruire. Les symboles religieux et les armes à feux n’ont par ailleurs aucun effet sur lui.

Cet album propose donc une vision originale de l’histoire des Dracula, saupoudré d’une touche d’ésotérisme, mais dont le scénario se révèle un peu trop fouillis. Le graphisme n’est pas plus parvenu à me convaincre, notamment au niveau de la mise en couleur. Au vu des précédents travaux du dessinateur, j’aurai sans doute préféré des encrages noir et blanc. Les auteurs ont malgré tout eus une idée assez originale, mais il faudrait que la dite suite parvienne à se détacher des écueils de ce premier volume.

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