Heinrich se réveille sur Résurrection, ayant tout oublié de ses souvenirs. Alors qu’il est pris a parti par une bande de zombis détrousseurs, il reçoit l’aide d’un chevalier vampire. Le vaisseau de celui-ci est touché par un tir de roquette, le duo doit donc entrer dans la mêlée. Otto réalise vite que la pugnacité de son allié de circonstance fait de lui un chevalier vampire en puissance. Il le conduit donc à Cryptus, qui a la charge de la formation de leur ordre. Là, Heinrich, rebaptisé Requiem, sera initié aux rouages de l’endroit où il est tombé.
La BD originale de Requiem, chevalier vampire a débuté sa publication en 2000, au sein de Nickel Productions. La série est le fruit de la collaboration de Pat Mills (Sláine, Marshal Law) au scénario et d’Olivier Ledroit (Chroniques de la Lune noire, Sha, Xoco) au dessin. Le choc du style jusqu’au boutiste de Ledroit et du scénario nihiliste de Mills a eu tôt fait d’ériger la saga en un classique de la BD fantastique contemporaine. Olivier Ledroit l’avait révélé en interview qu’un projet d’adaptation en manga était sur les rails : en voici donc le premier opus.
D’un point de vue scénaristique, il s’agit d’une adaptation relativement fidèle à l’original. On retrouve la relation Rebecca/Heinrich au centre de l’histoire, les personnages emblématiques (Otto, Cryptus, Dracula…), les scènes de batailles dantesque. Les différences se font plus au niveau des détails. Olivier Ledroit l’avait annoncé : exit les nazis. Les chevaliers vampires doivent toujours leur statut à ce qu’ils ont accompli de leur vivant, mais le lien avec les âmes damnées d’Hitler disparaît. Sans pour autant que le scénario en pâtisse. L’humour second degré s’estompe également, reste que les spécificités de Résurrection (l’idée que les choses avancent à reculons) sont bien là. De ce premier opus, c’est ainsi avant tout l’obsession d’Heinrich à comprendre comment il est arrivé là, et ce qu’il est advenu de Rebecca, qui domine.
Défonçons les portes ouvertes : oui, graphiquement, on est dans une approche éloignée de celle de Ledroit. Noir et blanc oblige, la mise en couleur baroque du dessinateur original n’est plus là pour rehausser la démesure des planches. Le découpage est plus traditionnel, les cases qui s’effaçaient dans la BD retrouvent leur place mais le dessinateur parvient à insuffler pas mal de dynamisme dans son style, et rompt ponctuellement avec le cadre. C’est particulièrement le cas dans les scènes de bataille. Le choix a été fait, en outre, de rendre identifiable les personnages à leurs homologues de la série de départ. Reste que je trouve Claudia encore plus troublante dans cette adaptation.
Pas de surprise au niveau de l’approche vampirique : ceux qui arrivent sur Résurrection en vampire sont des êtres humains qui de leur vivant ont commis des actes abominables. Leur statut de vampire les mets au sommet de la hiérarchie de Résurrection, particulièrement pour ceux qui intègrent les rangs des chevaliers vampires, sous la férule de Dracula. Il y a enfin l’idée que les vampires sont hantés par la perte de leurs souvenirs, et cherchent à les retrouver par tous les moyens.
Un premier tome qui procure un plaisir de lecture très différent de celui de la série de Mills et Ledroit, même si la trame principale a été conservée. Difficile de juger avec uniquement ce premier volet, mais pour le moment, c’est davantage la tragédie shakespearienne qui se noue entre Heinrich et Rebecca qui paraît être au cœur de l’histoire, laissant un peu de côté la démesure et l’acidité de la BD au profit du tragique. Le résultat ne manque en tout cas pas d’intérêt pour le moment.


