Jouannais, Jean-Jacques. Les passe-temps de l’immortel

Passionné de littérature, Edmond demande conseil aux grandes plumes de son époque, d’Alexandre Dumas à Théophile Gauthier. Tous deux pensent que les écrits du jeune homme manque encore de maturité. Mais, souffreteux, Edmond sait qu’il n’a peut-être pas devant lui le temps nécessaire pour faire mûrir son style. Un soir où il erre dans Paris, une vilaine quinte de toux attire l’attention d’une femme particulièrement séduisante. Elle lui offre à vivre au-delà de sa propre mort, ce que l’aspirant auteur s’empresse d’accepter. Sa vie va dès lors prendre une tout autre direction, alors qu’il intègre une communauté aux règles strictes, pour qui la discrétion absolue doit être de mise.

S’il n’y avait eu la préface d’Alain Pozzuoli, je ne suis pas sûr que ce livre serait tombé entre mes griffes. Je ne connais en effet ni l’auteur, Jean-Jacques Jouannais, ni la maison d’édition, Rroyzz. Cette structure, adossée au prix Lacour de L’imaginaire, publie le gagnant du prix depuis quelques années maintenant. C’est enfin le deuxième roman ayant remporté ce prix qui figure sur vampirisme.com, Le Chant du Strigoï d’Yvette Auméran (vainqueur en 2013) ayant été passé au crible par Spooky. Après quelques recherches, il semble que Jean-Jacques Jouannais ne soit pas un nouveau venu dans le registre de l’imaginaire, ayant déjà fait paraître une poignée de nouvelles depuis 2015 (notamment au sein de Galaxie).

Prenant la parole à la première personne pour se faire la voix de sa propre existence, Edmond est à ranger aux côtés de Louis ou de Lestat. L’auteur s’inscrit également dans la lignée des romanciers qui profitent de la figure du vampire pour explorer l’Histoire (on pense ainsi au Vampire de la Saint Inquisition de Les Daniels). Depuis la Commune jusqu’à la Roumanie de Ceaucescu, Edmond sera le témoin des grands bouleversements de ces deux derniers siècles. Quelque part, cela renvoie à l’idée que le monstre qu’est le vampire s’efface devant les horreurs dont est capable l’homme. Ce partis-pris, Jean-Jacques Jouannais l’inverse néanmoins avec le personnage de Jack L’Éventreur, sur les traces duquel il devra se lancer, pour éviter de mettre en lumière les siens. L’auteur possède une plume efficace, qui parvient à redonner vie aux temps passés dont son héros est un observateur privilégié.

Le roman exploite également l’idée que les vampires ne sont pas des créatures isolées : ils appartiennent à une communauté, qui veille à ce que leur existence soit tenue secrète. Ainsi, tout nouveau vampire doit être adoubé par le conseil qui prend les décisions pour l’ensemble de l’espèce (du moins, pour la ville de Paris). Les vampires ont appris à s’organiser au fil du temps, et suivent de près les évolutions de la société humaine. Le vampire reste pour autant attaché aux usages de son époque, et aux codes moraux qui régissent celle-ci. Ils éprouvent bien évidemment un besoin de sang, mais la prise du liquide peut être modérée. Ils craignent également la morsure du soleil, et semblent pouvoir être sujets aux maladies de sang. Enfin, si leur longévité est grande, ils ne sont pas immortels, et vieillissent lentement, mais inexorablement.

Un ouvrage plutôt bien écrit, qui propose un parcours historique à travers l’Europe des deux cents dernières années. Il manque peut-être cependant un liant plus fort, certains chapitres (celui sur Jack l’Éventreur, mais il n’est pas le seul) donnant parfois l’impression d’être des nouvelles à part entière.

Jouannais, Jean-Jacques. Les passe-temps de l'immortel

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