Huston, Charlie. Le vampyre de New York

Manhattan est partagé entre plusieurs factions de vampyres qui mènent une guerre froide de longue haleine. D’un côté, il y a La Coalition, le clan le plus puissant, qui veille à ce que l’existence des buveurs de sang reste inconnue du grand public. Leur mainmise sur la ville s’est effritée avec les années, notamment devant La Société, qui aspire à renverser le statu quo et à déclencher le coming out des vampyres. Joe Pitt, qui autrefois a été un des hommes de main de La Société, est désormais un franc-tireur. Pour survivre, il est obligé d’accepter des travaux de chacun des groupes, tout en veillant à ne pas prendre position. Après une affaire à laquelle il a été contraint de se mêler, il reçoit des remontrances de La Coalition, qui lui reproche son manque de discrétion. Bientôt, il est chargé d’œuvrer à leur demande pour retrouver une jeune fugueuse humaine. Sauf que cette dernière pourrait avoir un lien avec le crime qui a attiré l’attention sur lui.

Sorti en 2005, Already dead (le titre anglais) est le premier volet du cycle Joe Pitt, cinq romans publiés par Charlie Huston entre 2005 et 2009. C’est le premier roman de l’auteur, qui donne avec cette ouverture une tonalité très hard boiled à sa série, influencée par l’approche de Raymond Chandler. Il y a en effet dès ce premier tome l’idée d’un protagoniste (plus qu’un héros) central qui n’hésite pas à tuer, même s’il possède son propre code moral. Huston ancre son histoire dans l’espace urbain, en choisissant New York (ville qu’il connaît bien et où il a longtemps vécu) comme cadre. Quelque part, on est donc face à une forme d’Urban Fantasy, qu’on pourrait être tenté de ne pas ranger très loin d’un Jim Butcher. Reste que Huston a une approche très personnelle de la figure du vampire. L’existence de clans de vampire fait également penser à Vampire : La Mascarade, d’autant qu’on retrouve cette idée de factions qui s’opposent à ce que le commun des mortels prenne conscience de l’existence des vampires.

On l’a dit, la trame est centrée autour de Joe Pitt, autrefois affilié à La Société, et qui survit bon gré mal gré au milieu des luttes incessantes que se livrent les clans de vampyres. Son seul équilibre, il le doit à Evie, une séropositive devenue sa petite amie, même si elle ne connaît pas son secret. Car le monde des humains ignore — dans sa large majorité — que les vampyres et les zombies ne sont pas que des créatures de légendes. Pitt est un détective privé, qui met ses compétences au service de qui le paie, que ce soit un clan ou un autre. Si plusieurs d’entre eux aimeraient le voir rejoindre leurs rangs, lui n’entend pas être réintégré à un groupe existant, et opte pour le statut de non-aligné.

L’auteur convoque plusieurs références au fil du texte, notamment dans les explications de Pitt (le texte est écrit à la première personne). Ainsi sont mentionnés Entretien avec un Vampire, Martin ou encore les Prédateurs. Le choix des deux derniers n’est pas anodin, car Huston a une approche très médicale de ce qu’est un vampyre. Ces derniers parlent eux-mêmes d’un vyrus, qui les rend plus résistants (quasi immortels), mais dépendants au sang. Tout au plus sont-ils également sensibles au soleil (ils brûlent s’ils y sont exposés trop longtemps et directement). La morsure ne transforme pas de facto la victime. Les vampyres ne sont pas les seules mutations existantes, car des zombies (qu’un virus différent mue en créature cannibale qui ne survit que brièvement) fraient avec les vampires. Un vampyre qui arrêterait de se nourrir finirait d’ailleurs par ressembler à ces zombies. Le récit ne cesse de ramener le personnage central à la question de la contamination, que ce soit la sienne ou celle des autres. Le sujet est également abordé par la bande au travers d’Evie, la compagne séropositive de Pitt. L’ensemble permet au roman de flirter avec une certaine forme de body-horror.

Le roman de Jim Huston est au croisement entre le policier d’un Raymond Chandler, l’Urban Fantasy d’un Jim Butcher, et une approche du vampire que ne renierait pas le Strieber des Prédateurs. Une trame énergique qui ne lésine pas sur une certaine violence, des personnages cabossés, mais intéressants, le cycle des enquêtes de Joe Pitt commence sous de très bons auspices. Seul bémol, une traduction qui aurait mérité un peu de relecture.

Huston, Charlie. Le vampyre de New York

 

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