Hernández, Sergio – Caballero, Toni. Je suis une légende

Depuis que Virginia et Kathy ont à leur tour succombé à la maladie, Robert est seul dans la maison qu’il parvient tant bien que mal à protéger chaque nuit. Le jour, il écume la ville à la recherche de vivres et d’essence. Car l’humanité a basculé : les vivants sont désormais des créatures nocturnes, avides de sang. Si le gouvernement a essayé de juguler le mal les premiers temps, celui-ci est devenu incontrôlable. Et Neville pourrait bien être le dernier être humain à ne pas avoir été contaminé. Mais à quoi bon ?

Roman culte de Richard Matheson publié en 1954, I am a Legend est un livre qui a énormément contribué à moderniser la figure du vampire, la faisant sortir de son carcan gothique arpenter les villes, comme pour emboiter le pas à Nosferatu qui déambulait dans les rues de Wisborg. Si on compte pas moins de quatre adaptations à l’écran — plus ou moins fidèle suivant les versions — il n’existait pas encore à ma connaissance d’adaptation en bande dessinée, alors que l’histoire s’y prête pourtant bien. C’est ainsi après avoir vu le film de Francis Lawrence (2007) que Sergio Hernández et Toni Caballero se prennent d’intérêt pour ce qu’on pourrait appeler le genre des adaptations. Jusqu’à ce qu’on finisse par leur proposer de signer celle du texte de Matheson.

Le scénariste et le dessinateur choisissent de faire basculer la trame dans le monde d’aujourd’hui, mais restent au plus près du récit original et de ses constituants. Les prénoms sont conservés, les antagonismes et temps forts de l’histoire tout autant, depuis la rencontre de Chico — le chien — jusqu’à celle de Ruth. Sans omettre les flashbacks mettant en scène la femme et la fille du héros. Leurs partis pris ne les conduisent donc pas sur des variations comme celle de The Omega Man, voire dans les pas du film de Lawrence, qui détournait le titre pour lui donner un autre sens. Le respect de l’œuvre est là, et pourtant cette volonté de coller au plus près du texte est dans le même temps une petite faiblesse : pas de surprise à attendre, pas franchement d’interprétation personnelle qui aurait pu se glisser entre les cases.

Graphiquement, je suis partagé. Les traits des protagonistes, très influencés par le manga, ont peiné à me convaincre. L’idée de représenter des personnages jeunes et alors que le héros a été marié et a eu une fille est également surprenant. Mais sur le reste de la partie graphique, il faut avouer que les choix du dessinateur sont efficaces et originaux. Les couleurs lumineuses amplifient la partie diurne du récit, et confère une approche quasi pop art à l’ensemble. Il joue de superposition, de cadrages et du découpage pour dynamiser ses planches. La volonté de coller au réel, on la retrouve aussi ici, dans le travail effectué sur les décors, représentés d’après photo.

Pas de surprises sur les éléments vampiriques. Il y a bien ici les deux dimensions inhérentes au texte de départ. D’un côté l’idée que les créatures auxquelles fait face Neville puissent répondre aux mêmes caractéristiques que celles du roman de Stoker, que le personnage consulte régulièrement. De l’autre l’idée que l’origine du mal n’est pas surnaturelle, mais bien pathologie.

Cette adaptation de Je suis une légende a certes ses défauts — principalement au niveau de la représentation des protagonistes — mais elle a aussi des qualités certaines sur le plan graphique — à commencer par le travail sur la couleur — à défaut d’être particulièrement originale en tant qu’adaptation.

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