Maestrati, Dominique. Dracula, Le Véritable. 2013

La littérature et le cinéma se sont rapidement emparés de Dracula. De fait, les origines historiques du personnage ont très longtemps été ignorées. Noble transylvain désireux de se venger de ceux qui ont assassiné son père, monstre sadique d’une cruauté sans égal et vampire de légende, comment faire la part des choses entre la fiction et la réalité quand il s’agit de se pencher sur le véritable Vlad Tepes ? Appuyé par des reconstitutions et interventions de spécialistes, ce documentaire offre à Dracula la possibilité de donner lui-même sa propre version des faits.

Dracula est une figure dont la réutilisation à outrance dans la fiction (cinématographique et littéraire) rend difficile l’étude sérieuse. Victime de désinformation de son vivant, célébré en vampire depuis que Bram Stoker s’est emparé de son nom, seuls les amateurs du sujet savent que derrière la fiction se cache une réalité historique, et peu nombreux sont ceux qui connaissent réellement l’histoire du voiévode. C’est ce dernier que Dominique Maestrati propose ici de redécouvrir, confiant à un acteur le soin d’incarner Vlad, dont les commentaires structurent le récit de sa vie.

Le documentaire s’appuie sur les interventions de nombreux spécialistes de l’époque, roumains et français. On notera ainsi la présence de Mattei Cazacu, dont le livre sur Dracula était déjà un véritable modèle de précision et d’exhaustivité sur le sujet, passant en revue de manière très détaillée la vie du personnage, explorant notamment l’inventivité stratégique et militaire de ce dernier (lesquelles se voient d’ailleurs confiées une belle place dans le documentaire).

De fait, Dominique Maestrati ne cède ni aux sirènes du surnaturel, ni à celles de la désinformation, rétablissant les faits autant que possible, sans pour autant minimiser les exactions du personnage. Tortionnaire certes, mais dont le nombre des victimes a été fortement exagéré. Sans compter qu’à cette époque, les supplices que Vlad appréciait d’appliquer à ses victimes étaient monnaie courante. Surtout pour quelqu’un qui a été élevé à la cour du Sultan.

Le documentaire s’appuie également sur une iconographie travaillée, nous conviant avec lui sur les lieux même où l’Histoire s’est faite, depuis les rues de Sighișoara jusqu’à la forêt où il mourut. Sont également convoqués des gravures et représentations connues des habitués, ainsi que d’autres artefacts plus rares, qui illustrent parfaitement la voix off.

Petit mot également sur le fil conducteur, qui met un acteur dans la peau de Vlad. Avec sobriété mais conviction, se dernier appuie et relance les différentes étapes du film, n’hésitant pas à ajouter une touche grinçante à ce qui se dit sur lui, où dévoilant des facettes plus humaines du personnage. Une idée bien trouvée qui tombe juste.

Un documentaire particulièrement bien conçu et réalisé, qui permet de passer au crible la vie de celui dont on a tendance à connaître davantage la pérennité fictionnelle que la base historique. Des intervenants qui maitrisent le sujet et ne cèdent pas à la facilité du sensationnel, pour revenir à la réalité d’un personnage complexe pris entre deux feux, dans une époque particulièrement troublée.

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