Jeune agente ambitieuse, Mina Dragan se voit confier par son commissaire une enquête pour meurtre. Si elle réussit à mener celle-ci à bien, une position d’inspecteur lui est assurée. Pour cela, elle doit quitter Bucarest et prendre la route de Bran, en Transylvanie. Car c’est là, dans le château local transformé en hôtel, qu’un cadavre attend d’être identifié. Débarquée sur place en pleine tempête hivernale, sans moyen de transport pour rejoindre sa destination, l’investigation ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Et qu’elle va rapidement la mener à travers l’Europe, sur les traces des contes des frères Grimm.
Transyvlania est le neuvième roman de Nicolas Beuglet, ancien scénariste de télévision devenu auteur de polar en 2011 avec Le Premier Crâne, un texte édité sous pseudonyme. Il a depuis publié plusieurs trilogies chez XO, invariablement centrés autour de personnages d’enquêtrice. À Sarah Geringën a ainsi succédé Grace Campbell. Avec Transylvania, il choisit de mettre en scène une inspectrice débutante — mais avec déjà une vie passé riche : Mina Dragan. Une fliquette solitaire qui s’avère rapidement débrouillarde et efficace. Je suis plutôt habitué du style procedural, même si je ne rechigne pas au page turner. Reste que là, en guide d’intrigue, l’héroïne se retrouve menée d’un bout à l’autre de l’intrigue, se contenant pour une bonne partie du livre de suivre la piste laissée à son intention par le criminel. Le principe de structurer le récit autour des sources des contes était prometteur, mais la méthode ne me convainc pas. Tout ça me paraît un peu trop téléphoné et manque clairement d’une vraie enquête. Le plantage des décors relève ponctuellement l’ensemble, mais pas assez pour accrocher le lecteur sur le long terme.
La thématique vampirique plane sur l’ouverture de l’intrigue — et le titre du livre — pour autant, le lien s’atténue très rapidement. Car la piste suivie par Mina l’amène bientôt à quitter sa Roumanie natale. Se pose également un souci de véracité dans la peinture du cadre roumain. Le Bran mis en scène par Nicolas Beuglet a tout d’un Bran de conte de fées. Pour ceux qui connaissent l’endroit — et un peu la Roumanie — la suspension d’incrédulité est de rigueur. Ici, l’héroïne débarque à la gare de Bran, et est contrainte de prendre un traineau pendant plusieurs heures pour atteindre le château. Dans la réalité, il n’y a pas de gare ferroviaire dans la petite ville. Laquelle est au passage construire au pied du château. L’Isolement de la demeure dans Transylvania a ainsi plus à voir avec la place forte du roman de Stoker qu’avec la vraie bâtisse. L’écrivain revient sur cet aspect du récit dans les sources qui suivent le texte. Il s’agit ici d’exploiter un imaginaire gothique, de jouer avec l’inconscient collectif. Peut-être aurait-il dans ce cas fallu ne pas convoquer le nom de Bram. Et pourquoi la Transylvanie, quand l’essentiel tourne autour des contes de Grimm ?
Le dernier point qui me pose problème dans le roman, c’est la façon dont l’auteur utilise ses sources. Le numérique, l’IA perturbent nos pratiques intellectuelles et culturelles. L’attrait pour les textes et l’imaginaire, il repose fondamentalement sur notre perméabilité aux mythes. J’aime quand les livres me poussent à réfléchir, à creuser les sujets abordés, quels que soient les genres de la fiction. Reste que voir des personnages recracher des études statistiques sur la lecture, l’impact du numérique ou les usages de l’IA, rien de plus efficace pour me sortir de la narration. Une faiblesse particulièrement prégnante dans le texte.
Transylvania ne répond à mon sens ni aux promesses de son titre, ni à ceux de sa quatrième de couverture. Il y a des idées, une envie de faire réfléchir, mais la méthode employée ne prend pas, en ce qui me concerne.


