Gibson, S.T. Dot de sang

Alors qu’elle agonise au milieu des ruines de son village, Constanta, une jeune paysanne, est sauvée in extremis par un inconnu. Elle comprend à leurs échanges que son sauveteur est une créature de la nuit, un de ceux que les siens appellent moroi. Si elle veut survivre, elle n’a donc pas d’autres choix que d’accepter l’échange de sang que lui propose l’homme. La transformation est rapide, et le goût du sang qui se fait jour en elle appelle la vengeance. Ses premières victimes, se seront donc ceux qui ont mis un terme à son existence et à ceux de ses proches. Mais le baiser de sang n’établit-il pas un lien indéfectible entre elle et celui qui lui a permis de poursuivre sont existence ?

Dot de sang (en VO : A Dowry of Blood) est le troisième roman de l’autrice américaine S.T. Gibson. C’est son premier livre : elle n’avait jusque-là publié qu’une nouvelle, « Revival », dans une anthologie de folk horror. Avec A Dowry of Blood, sorti en 2021, elle se frotte à un prolongement du Dracula de Bram Stoker, en s’intéressant aux fiancées du vampire. Le livre prend la forme d’un journal : celui de la première femme du vampire, Constanta. On suit cette dernière à partir du moment où le vampire la sauve d’une mort certaine. Si les premiers temps de leur relation sont idylliques, alors que la jeune femme devient peu à peu une créature de la nuit, elle finit par comprendre qu’elle est prisonnière de son sire. Ainsi, elle ne sait finalement que peu de choses sur leur condition, et une certaine distance finit par se créer entre eux. Jusqu’à ce que Magdalena, puis Alexi, ne rentrent à leur tour dans leur existence. L’ambiance flirte avec la dark romance : si Constanta est l’héroïne, c’est bien la relation toxique qui s’installe entre elle et Dracula qui rythme le texte. L’autrice choisit de faire de ses vampires des créatures queer : si Constanta et Dracula sont un temps dans une relation hétérosexuelle, l’arrivée de Magdalena change la donne. Les vampires sont polyamoureux et bisexuels, l’autrice achevant de faire d’Alexi la troisième fiancée du vampire.

Le parti pris du roman de S.T. Gibson est intéressante : je n’ai pas eu l’occasion de lire jusque-là de fiction imaginant qui étaient les fiancées du comte, et quelle relation les liait à lui. L’autrice joint dans le même temps le fond et la forme : en choisissant une forme de journal, elle se place dans la continuité du livre original, voire de la littérature gothique. Mais il y a dans le même temps une certaine distance vis à vis du texte de Stoker. Le vampire – même si son identité est une évidence – n’est jamais nommé, et il y a plusieurs incohérences ou facilités narratives vis à vis du récit de départ. A commencer par l’existence de Jonathan Harker et de sa femme, mentionnés, mais dont l’impact sur l’existence du petit groupe de vampire n’est jamais explicité. Alors que le récit bascule dans le XXe siècle, difficile de laisser de côté cet aspect des choses. Pour ce qui est de la forme, je dois également avouer que le rythme imposé par les entrées de journal m’a ponctuellement posé soucis. Certaines entrées font à peine une page, d’autres plusieurs dizaines. Le roman pourrait être plus ample, plus ambitieux, mais il manque de fait de souffle.

La romancière est fidèle aux codes de Dracula, mais parvient dans le même temps à rajouter certaines particularités à la matière vampirique. Ainsi, les vampires ici mis en scène ne perdent pas d’emblée leurs sens (notamment le goût) au moment de leur transformation : des années sont nécessaires pour cela. Constanta ne paraît pas avoir de problème à franchir le seuil d’une église. Il y a également l’idée que les vampires s’implantent dans des lieux troublés ou a minima en effervescence, ce qui leur permet d’évoluer plus discrètement. On mesure la longévité des créatures dans les bribes d’informations que Dracula révèlera à Constanta. Son existence paraît remonter à l’ère athénienne, quand à elle, elle semble rattachée au XVème siècle (l’année 1452 est mentionné).

Dot de sang de S.T. Gibson part d’une prémisse intéressante, mais la narration manque de dynamisme, et on peine à s’attacher aux personnages. Je suis néanmoins curieux de lire Indécente initiation, second livre dans la série, qui paraît quant à lui s’intéresser au Carmilla de Sheridan le Fanu.

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