Ludmila suit une psychothérapie pour tenter de dépasser le vague à l’âme qui l’étreint. Le médecin reste dubitatif quant à la prétention de la jeune femme d’être un vampire : pour lui, elle doit surtout faire face àson immaturité. En réalité, Ludmila recherche en vain celui qui a fait d’elle une créature de la nuit, il y a 200 ans de cela. Un homme dont elle a oublié le nom, et dont elle n’a plus qu’une description vague. Pour l’aider, elle engage un photographe à qui elle demande de lui ramener des clichés de tous les hommes de trente ans, aux cheveux noirs et aux yeux gris qui travaillent la nuit tombée.
Les amateurs de BD vampiriques connaissent bien l’œuvre du scénariste Carlos Trillo. Tête pensante derrière Je suis un vampire (Boy Vampire, avec Eduardo Risso), mais aussi Cybersix (avec Carlos Meglia). Pour ce Cri du vampire, il s’allie avec Jordi Bernet, repreneur de Torpedo, qui deviendra un de ses collaborateurs régulièrement à partir de 1986, et jusqu’à la mort de Trillo en 2011. Le Cri du vampire est la traduction d’un récit publié en Argentine au commencement des années sous le titre d’Ivanpiire.
L’histoire est somme toute classique, et aborde les thèmes de la solitude du vampire face à l’immortalité. Peut-on aimer… pour toujours ? Reste que le scénariste n’en est alors (Je suis un vampire et Cybersix arrivent quelques mois/années plus tard) qu’à ses débuts avec les créatures de la nuit. Il y a des idées, une approche (un mélange de polar noir et de fantastique). Au final peu d’originalité avec cette idée de vampires qui ont du mal à gérer leur immortalité. Après tout, près de 20 ans se sont écoulés depuis Anne Rice : Entretien avec un vampire a été traduit en langue espagnole dès la fin des années 1970.
L’album est saupoudré d’une touche érotique qui tient beaucoup au trait de Jordi Bernet, particulièrement à l’aise quand il s’agit de dessiner des femmes nues aux courbes. Son style, tout en encrage, s’empare avec une certaine aisance du polar fantastique proposé par son comparse argentin. Il n’hésite pas à éclater la planche en un enchevêtrement de cases peu conventionnelles. Parfois, cela peut nuire au sens de lecture (l’éditeur français a ajouté des flèches), mais il y a une belle maîtrise du noir et blanc.
Les vampires imaginés ici par Trillo et Bernet sont assez classiques dans leur approche. Ce sont des créatures de la nuit, qui dorment dans des cercueils et doivent s’abreuver de sang pour survivre. Ils craignent les crucifix et la lumière du soleil, qui leur est fatale, et un pieu en plein cœur permet d’éviter qu’une victime ne devienne à son tour vampire. La petite nouveauté, c’est ce rapport à la mémoire : 200 ans de souvenirs sont difficiles à assimiler, dans ce qui reste un corps d’humain élevé à l’immortalité.
Un album pas foncièrement mauvais, mais qui peine à imposer sa marque, surtout quand on le compare à ce qu’a pu produire Trillo par la suite, quand il s’agit de vampires.


