Bonjour Lou. Pouvez-vous vous présenter et rappeler votre parcours pour les internautes de Vampirisme.com ?
Je suis scénariste et dessinatrice de bandes dessinées. Aujourd’hui en 2026, j’ai à mon actif onze BD et deux romans (bientôt trois !). Je suis plutôt connue pour mes ouvrages de vulgarisation (Racines, Et à la fin ils meurent) mais j’aborde des genres très différents, de la romance (La Fille dans l’écran) au thriller (L’Homme de la situation) en passant par l’imaginaire (Eurydice). Mes œuvres abordent souvent des sujets de société variés, tels que la santé mentale, les discriminations liées aux cheveux crépus ou encore les valeurs portées par les contes de fées… Et je n’ai pas fini !
En mars 2026 sortait Saigneurs, votre onzième album, où vous signez à la fois le scénario et le dessin. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?
Cela fait déjà plusieurs années que j’ai eu l’idée du pitch de Saigneurs. Le concept d’un monde dominé par les vampires m’est venu un soir, alors que je rentrais seule chez moi, tard la nuit : j’avais ressenti de la peur en croisant un groupe d’hommes, et je me suis dit que j’étais comme une proie humaine pour des vampires. La métaphore m’a plu parce que je me suis dit qu’elle pourrait aider des hommes à se mettre à notre place : peu importe notre genre, on serait tous inquiets à l’idée de croiser un vampire en pleine nuit, même si la plupart ne mordent pas ! J’ai ensuite parlé de cette idée à toutes mes amies, et elles avaient toutes plein d’anecdotes similaires à me raconter… Mais avoir une idée, c’est facile ; le gros du travail pour en faire une histoire solide et bien rythmée m’a ensuite pris plusieurs années.
Utiliser la figure du vampire pour parler des VSS, cela paraissait comme une évidence ? Et pourtant, le recours à l’imaginaire ne paraît pas habituellement au coeur de votre approche (si on excepte Et à la fin, ils meurent – La sale vérité sur les contes de fées).
En réalité, l’imaginaire est mon ADN d’origine ! Jeune, je n’écrivais que ça, mais mon style de dessin s’appuie nécessairement sur le réel et me limite fortement dans ce que je peux représenter. Pour pouvoir aller dans cette direction, j’ai fait appel à une dessinatrice, Solen Guivre, pour m’accompagner sur mon album Eurydice. C’est une réécriture du mythe grec qui se déroule entre une cité de papier dans le désert et un monde des morts verdoyant. Pour Saigneurs, j’ai pu le dessiner moi-même en l’ancrant dans un contexte urbain pour lequel j’avais des sources : j’ai beaucoup utilisé Google Street View pour m’inspirer de la ville de Brasov en Roumanie. Pouvoir revenir à l’imaginaire après toutes ces années de contrainte me fait un bien fou !
La façon dont vous convoquez les vampires est dans le même temps très contemporaine. On est davantage sur l’après True Blood que sur Dracula. C’était un choix conscient ?
Je ne me suis pas posé la question de l’héritage cinématographique de mon œuvre. Comme mon sujet était de traiter la société contemporaine au travers d’un filtre fantastique, l’action allait nécessairement se dérouler dans un contexte contemporain, urbain, similaire au nôtre. C’est pour ça que je suis allée vers le registre de l’urban fantasy.
Comment expliquez-vous l’immortalité du vampire en tant que figure culturelle et comment est-ce que vous appréhendez son évolution ?
La figure du vampire existe dans toutes les sociétés et à toutes les époques (le strigoi en roumanie, la lamia en Grèce antique, le jiangshi en Chine, le chupacabra en Amérique du Sud…). Aujourd’hui en Occident, on est beaucoup influencés par Dracula qui est ancré dans la pop culture et qui est devenu une référence culturelle ; mais même si on venait à l’oublier, l’inconscient collectif de l’humanité produira toujours des figures inquiétantes de mort-vivants suceurs de sang.
Quelles ont été vos premières et dernières rencontres avec la figure du vampire ?
Ma première rencontre marquante a été avec le roman Le Buveurs d’encre d’Eric Sanvoisin, quand j’étais toute petite : des vampires littéraires qui boivent l’encre. Ma dernière, c’est quand je me suis documentée sur Saigneurs : j’ai vu Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, que j’ai beaucoup aimé ; et Vampires en toute intimité, qui ne m’a pas du tout plu !
Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je suis actuellement en train d’écrire un roman, La Marche du monde, qui paraîtra à l’automne 2026 ! C’est un roman de fantasy young adult : libérée de la contrainte du dessin, je peux enfin revenir à ce que j’aime vraiment, l’imaginaire.

