Les Kingsley, Les Ortega et les Herriman sont trois familles installées dans le même voisinage, quelque part dans la banlieue de Portland. Comme chaque année, les enfants se préparent à partir camper, sous la houlette d’un des adultes. Il y a là Gail et Sam, Robert et Callum, amis depuis leurs premiers pas. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que leurs parents ont décidé de leur dévoiler à cette occasion qu’ils ne sont pas humains : les familles appartiennent à la race des Necratiles, une espèce supérieure aux vampires. Le petit groupe est choqué par la révélation, poussant la mère des deux filles — chargé de leur surveillance — à les laisser seuls. Reste que le cauchemar va aller crescendo, quand les enfants conviennent de rentrer chez eux à pied : leurs parents ont été assassinés par des chasseurs de vampires. Les voilà livrés à eux-mêmes, ignorant tout de leurs pouvoirs. Et pourchassés à la fois par les tueurs de leur famille et par une vampire bien décidés à les éradiquer.
Mike Carey n’est pas un inconnu pour les lecteurs d’imaginaire. En comics, on lui doit (notamment) des séries comme Lucifer et The Unwritten, et un run mémorable de Hellblazer. En tant que romancier, c’est sa série Celle qui a tous les dons qui a fait son succès. Pour Cul-de-sac, il s’associe à Jonathan Wayshak, dessinateur atypique qui a officié sur The Authority, Predator, Lost Boys, ou encore le magazine Heavy Metal. Le duo propose ici une histoire qui tire son épingle du jeu, en imaginant un quatuor d’enfant qui deviennent orphelins au moment où ils apprennent qu’ils ne sont pas humains. Poussés par l’envie de survivre et un certain esprit de groupe, ils vont tenter de rejoindre un contact laissé par un de leurs parents, pourchassés autant par des chasseurs bien vivants que par une vampire ne lésinant pas sur les moyens. Le récit est particulièrement dynamique, même si certains aspects de l’intrigue reposent sur des ressorts connus (l’existence de clans de vampires et de différents types de vampires). Les auteurs ne sombrent pas dans le manichéisme. Les héros ont beau être très jeunes, ils n’en sont pas moins de puissants antagonistes, même si pas encore au fait de leurs capacités. Face à eux, notamment, des chasseurs de vampires trompés par un employeur manipulateur. On est quelque part entre Near Dark, le Vampires de Carpenter et Stand by Me.
L’une des grandes réussites de la minisérie, c’est à n’en pas douter le dessin de Jonathan Wayshak. Son style très brut au crayon, le mouvement qu’il insuffle par son trait à ses protagonistes, ses planches déstructurées… tout cela a une patine très années 1980, par son approche iconoclaste. Rien d’étonnant à ce qu’il ait travaillé pour Heavy Metal. L’alternance de cases et de planches colorées et en noir et blanc ajoute à l’impact visuel de l’ensemble. La façon qu’à l’illustrateur de bouleverser les corps de ses personnages non humains quand ceux-ci font appel à leur pouvoir ne peut que laisser une forte impression au lecteur. Il y a là-dedans un je ne sais quoi de grotesque et d’effrayant à la fois.
Les quatre jeunes héros sont des Necratiles, une race située au-dessus des vampires dans la chaine alimentaire. Ils peuvent consommer du sang comme leurs cousins, mais n’y sont pas obligés : ils peuvent tout à fait puiser l’énergie dont ils ont besoin au contact avec des choses vivantes. Ils n’ont pas les faiblesses des vampires : les crucifix et la lumière du soleil ne leur font rien. Ils ont aussi leurs propres pouvoirs, leur sang provoquant rapidement la mort de la victime. Considérés par les vampires comme des prédateurs, ils ont presque été exterminés par ceux-ci au fil des siècles. Le récit nous fera également comprendre que les vampires se sont structurés en clans, avec à la tête de chacun un patriarche. Des groupes puissants, disposant de moyens importants pour mener à bien leurs affaires.
Un comics qui tire son épingle du jeu par son quatuor de jeunes héros autant que par la force visuelle de son dessin. Le scénario, s’il reprend quelques poncifs du genre, le fait intelligemment, matière à proposer une histoire intéressante et des personnages biens campés.


