Gabella, Mathieu – Bourgouin, Mikaël. Le Serment

Alexandre est un ancien médecin radié de l’ordre qui offre contre rémunération ses services à la pègre. Un soir, il prend en charge deux malfrats en cavale. Deux frères dont la tentative de casse a mal tourné. Alors qu’il termine de soigner le plus jeune, un inconnu fait irruption avec une arme à la main, demandant qu’on effectue sur lui deux opérations un peu spéciales. Il se présente comme un chasseur de vampire ayant été mordu pour une créature de la nuit : seules les interventions qu’il exige sont en mesure de l’empêcher de se transformer. Et un examen médical réalisé par Alexandre paraît confirmer ce qu’avance le nouveau venu : il a des crocs dans la mâchoire et ses organes sont en pleine mutation.

Je connais le travail de Mathieu Gabella depuis La Licorne, série de quatre tomes illustrés par Anthony Jean. Déjà, le scénariste y montrait un intérêt pour la science et tout particulièrement la médecine : l’un des protagonistes principaux se trouvait être Amboise Paré. J’avais ensuite pu lire sa saga Dans le ventre du dragon, dessinée par Christophe Swal. Une fois de plus, l’auteur mêlait science et imaginaire, en mettant en scène trois personnages — dont un scientifique — liés par un objectif inédit : tuer un dragon de l’intérieur. Avec Le Serment, le scénariste retrouve à nouveau ce mélange de science et de fantastique, en se penchant cette fois-ci à une créature qui m’intéresse tout particulièrement : le vampire.

À l’ère du post-covid, cela fait sens de s’emparer du sujet sous l’angle scientifique et médical. Ce n’est certes pas la première itération du genre, mais Gabella parvient à tirer son épingle du jeu. Il y a des éléments déjà vus ailleurs, tels que l’existence d’un complot à grande échelle et la mainmise des vampires sur les devenirs de l’humanité : on est clairement ici dans l’héritage du Chant des Stryges. mais l’exploration d’un lien physiologique entre les vampires et les serpents, remontant jusqu’à l’antiquité et une de ses figures majeures apporte des idées neuves bien venues. L’ensemble s’impose rapidement comme un thriller mené tambour battant où un médecin qui a rompu avec les codes de sa profession devra faire face à ses choix. Gabella montre qu’il est en mesure de s’emparer d’un sujet en le confrontant avec ses racines tout en maintenant un degré de réalisme assez fort. Matière à ancrer totalement cet album de 120 pages à notre époque où les interrogations sur la médecine et la science abondent.

La partie graphique n’est pas en reste. Mikaël Bourgouin a fait ses armes sur des séries comme Blue Note (co-écrite avec Mathieu Mariolle) et Le Codex Angélique (scénarisée par Thierry Gloris). Son trait ultra réaliste est parfait pour mettre en image cette histoire. Les cadrages sont dynamiques, très cinématographiques, appuyant au mieux la dimension thriller de l’histoire. La mise en couleur est sombre et les planches ne s’illuminent que très rarement : Le Serment est clairement une histoire de la pénombre.

On est indubitablement face à un récit vampirique : le mot est cité dès l’intrusion du personnage qui se dit chasseur. Reste que si cette ouverture paraît classique, rapidement la mythologie de l’album nous amène sur des chemins inhabituels : les vampires sont proches des serpents, notamment par leurs crocs et leur rapport à la chaleur. Avec les créatures que l’on connaît, ils ne semblent partager que l’incapacité à supporter directement les rayons du soleil. Malgré cette prise de distance avec les poncifs de la figure du vampire, le scénariste réintègre certaines figures vampiriques dans son univers, tout en le mettant en cohérence avec les spécificités déjà abordées. D’un point de vue groupe, on retrouve enfin l’idée que les vampires sont présents à l’insu de l’humanité au sein de celle-ci, jouant sur une dynamique complotiste.

Le serment de Mathieu Gabella et Mikaël Bourgouin est un album mené tambour battant, qui propose au lecteur un thriller sans temps mort autour d’une approche médicale de la figure du vampire. Graphiquement au cordeau, s’appuyant sur des personnages ni bons ni mauvais.

gabella-bourgouin-serment-2 Gabella, Mathieu - Bourgouin, Mikaël. Le Serment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *