Dardres, Oriane. Noires sont les âmes perdues

La guerre a pris à Adèle son père, et son frère, revenu blessé, n’est plus que l’ombre de lui-même. Leur survie dépend des magouilles auxquelles se livre la jeune femme, digne héritière de son géniteur en la matière. D’autant que la période voit la grippe espagnole déferler sur Paris, qui peine déjà à panser ses plaies. À l’occasion d’un vol de drogue dans un hôpital, elle et son complice sont dérangés durant leur expédition et contraints de fuir à travers les catacombes. Là, ils tombent sur un espace dissimulé, au centre duquel trône un sarcophage de pierre. Un étrange personnage fait alors son apparition.

Après s’être attaqué à la figure du loup-garou au travers du roman La Laideur de la lune, Oriane Dardres signe avec Noires sont les âmes perdues un deuxième ouvrage où elle se penche cette fois-ci sur le cas du vampire. Ce dernier n’est cependant pas le héros du récit, la place étant dévolue à Adèle, qui est, elle, bien vivante. L’autrice choisit une période troublée pour sa fiction : la Première Guerre mondiale s’est achevée il y a un an, et Paris est sous le coup d’une importante épidémie de grippe espagnole. La mort est omniprésente, et chacun essaie d’assurer sa subsistance comme il peut. Un contexte parfait pour faire évoluer des protagonistes qui s’affranchissent de tout manichéisme. Jusqu’où peut-on aller pour survivre, et aider nos proches à faire autant ?

Le cadre historique apporte une certaine forme d’originalité, même si un film comme Nosferatu, sorti en 1922, portait déjà en son sein les fêlures de cette période (sans pour autant être clairement daté). La romancière parvient à mettre en scène un vampire à la fois touchant, mais qui n’a pour autant plus grand-chose d’humain dans ses attitudes. Et dans le même temps, il paraît retrouver un semblant de vie au contact d’Agnès. Parce qu’il la prend pour Théodora, sa génitrice ?

Simon est le vampire au cœur de ce récit. Né pendant la débâcle napoléonienne, il est le fruit des expériences de Théodora, une nécromancienne. Des vampires, on comprend rapidement que la morsure procure le plaisir de sa victime. Quitte à ce qu’elle conduise cette dernière au trépas. Pour endormir la méfiance de sa proie, le vampire est capable de suggestion, se faisant passer pour celui ou celle dont l’existence a été centrale pour celle-ci. Car le vampire paraît vouloir s’attaquer à ceux qui ont perdu le goût de vivre, et donc jouer sur ce qui rattachait ceux-ci à leur existence. Des caractéristiques des créatures, on comprend qu’elles ne peuvent entrer dans un lieu sans y avoir été invitées. Elles ont enfin peur du feu, et ne peuvent être exposées à la lumière directe du soleil. Sa lecture de Dracula (et des suggestions de protagonistes croisés çà et là) prouveront à Adèle que certaines choses sur les vampires sont fausses : ail et crucifix ne leur font rien. Si le livre de Bram Stoker devient central dans la connaissance que l’héroïne a des vampires, il me semble néanmoins y avoir un défaut à ce niveau. Elle se rappelle avoir appris l’existence du roman avant la guerre, un ami lui en avait fait le récit après lecture. Après sa rencontre avec Simon, elle s’appuiera sur un « vieil » exemplaire de Dracula qu’elle a fini par dénicher. Or, si en anglais Dracula est publié en 1897, il n’existe pas en français avant 1820.

Les choix de l’autrice, sa plume et la psychologie de ses personnages sont intéressants, offrant au lecteur une histoire réussie, qui évite la facilité d’avoir des protagonistes trop manichéens.

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