Bell, Michael E. Vampire’s Grasp : The Hidden History of Consumption in New England

En 2001, Michael E. Bell publiait Food for the Dead, une enquête s’appuyant sur près de vingt ans de travaux, qui explorait comment la croyance aux vampires a pu ressurgir dans la Nouvelle-Angleterre de la fin du XIXe siècle, sur fond de tuberculose. Ce premier effort de l’auteur, à mi-chemin entre essai et recherches sur le terrain, offrait ainsi au lecteur de comprendre la construction d’un fait folklorique. Il donnait également à suivre le spécialiste sur les traces de vingt cas où un rituel a été pratiqué sur les défunts dans l’espoir de protéger les vivants de la maladie. En 2024, près de vingt-trois ans plus tard, Bell revient sur le sujet et propose de compléter abondamment son précédent volume, autant par le nombre de cas évoqués que par des recherches complémentaires sur la façon dont s’est structurée cette croyance.

L’approche de l’auteur pour ce deuxième opus autour des vampires de la Nouvelle-Angleterre (et tout particulièrement du Rhode Island) est un tantinet différent de celle de Food from the Dead. Michael E. Bell ne part plus ici à la recherche des lieux d’exhumation. Il se concentre davantage sur la recension des faits, confrontant leur transmission orale, la presse et les ouvrages qui ont repris ceux-ci. Analysant les détails, il parvient dans plusieurs cas à retrouver les villages, villes et familles d’origine, même si ces éléments ont pu être anonymisés ou modifiés, que ce soit dès l’origine ou ultérieurement. Pour ce faire, l’auteur s’est livré a un impressionnant travail autour des journaux d’époque, des arbres généalogiques, etc.

Ce deuxième opus peut paraître plus aride que le précédent : le format, la maquette ont l’apparence fruste d’un texte de chercheur. Reste qu’une fois de plus, le folkloriste brille par sa capacité à aller au bout des choses, à s’interroger sur la perception de ces rituels au moment même où ils ont cours, cristallisant l’émergence d’un espoir pour les vivants face à une pathologie qu’ils ne comprennent pas et contre laquelle ils sont démunis. À ce titre, la chronologie de publication de l’ouvrage est intéressante, l’auteur le souligne de lui-même dès l’introduction : à l’heure du Covid, et de la profusion de remèdes et pratiques douteuses censés en prémunir, il y a une résonance indéniable avec ce qui s’est passé en Nouvelle-Angleterre à la fin du XIXe siècle.

Vampire’s Grasp : The Hidden History of Consumption in New England est un prolongement de taille à Food from the Dead. Michael E. Bell convoque aussi bien l’histoire de la pratique médicale, des mouvements de population (et de leurs croyances), la place de la presse dans la propagation des faits (et parfois leur déformation), aboutissant à un ouvrage qui révèle une réalité complexe. Raillée par certains, doutée, mais pratiquée au cas où, dans d’autres, conseillée par des informés, l’exhumation des corps des victimes de la tuberculose en vue de mettre au jour leur influence néfaste sur les survivants est indéniablement un sujet passionnant et riche. Un véritable épiphénomène au corpus du vampire, avec ses propres spécificités, qui prouve une fois de plus que la créature est en mesure de cristalliser notre angoisse vis-à-vis de la mort.

bell-vampires-grasp-2 Bell, Michael E. Vampire's Grasp : The Hidden History of Consumption in New England

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