Laurent Courau, réalisateur du documentaire sur les vampyres (sorti récemment aux éditions du Chat qui fume) et du très récent Twilight Secret, a bien voulu répondre à nos questions. C’est ainsi que nous avons fais route, ce 23 décembre 2009, pour la Demeure du Chaos, un lieu complètement en marge, et dont la survie est au cœur d’une lutte entre les aficionados et ceux qui demandent sa destruction pure et simple. L’interview a été divisée en deux parties : ce premier billet revient sur la genèse du documentaire Vampyres, et la seconde partie traite davantage de Twilight Secret ainsi que des projets futurs de Laurent Courau.
Vladkergan : Qui est Laurent Courau ? Quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?
Laurent Courau : Ben écoute, pour résumer ce qui m’a amené jusqu’à Vampyres, j’ai commencé relativement tôt (14-15 ans) par la scène alternative de la fin des années 1980, une époque où tu avais toute la scène post-punk, toute la scène hardcore, les débuts du hip-hop en France, les débuts de la techno, les premières raves et ainsi de suite. Je me suis intéressé à tout ça. Au début, j’ai voulu faire un fanzine qui parlait à la fois de ces scènes underground, de ces subcultures et en même temps de tout ce qui m’intéressait en matière de littérature fantastique, de science-fiction, à travers le cyberpunk, et donc si tu veux d’univers de fiction. Mais ancré dans la rue finalement, pas tellement le space opera avec des extra-terrestres dans tous les sens. En conservant comme interrogation de fond : qu’est-ce que la rue allait devenir, qu’est ce qui allait se passer ?

Un jour, nous nous sommes par hasard retrouvés ensemble avec Lukas à New York. C’était en juillet 2002. Et c’est là qu’il me dit « Je fais une performance de suspension, dans une soirée organisée par un clan de vampyres à Spanish Harlem, si tu veux, viens. ». Je vais à la soirée, alors que tous les New-Yorkais refusent d’y aller parce que le quartier n’est pas vraiment fréquentable. Donc j’y vais tout seul, ce que je raconte dans le début du bouquin, et effectivement dès la sortie du métro c’est un peu l’angoisse…
Vlad : Tu en parles dans le film pendant les bonus…
Laurent Courau : Oui, dans les bonus, bien sûr… et donc, moment un peu tendu où je me suis retrouvé face à quelques personnages pas forcément sympathiques… et puis voilà, de fils en aiguilles, ça a donné lieu à ce projet de livre et de film, enfin d’abord de film et puis de livre, même si les parutions ont eu lieu dans l’ordre inverse. En résumé, je m’intéresse à tout ce qui est contre-culture, subcultures, cultures souterraines, parce que si on a envie de savoir ce qui va se passer demain, c’est là qu’il faut chercher.
Comme je le dis souvent, les créations les plus intéressantes n’apparaissent pas dans les milieux de l’art subventionné ou dans les musées, évidemment, mais bien comme le hip-hop sur les terrains de basket du Bronx, le punk dans les club pourris de Londres ou de New-York. Les choses viennent vraiment de là, pas des milieux établis, subventionnés, des grands médias et ainsi de suite. Donc d’un côté je m’intéresse à toutes ces nébuleuses et de l’autre, plus technique et matériel, je travaille comme réalisateur. Ce qui m’a amené à des projets comme celui de Vampyres.
Vlad : Tu y as déjà répondu en partie dans cette première question, mais voilà, il y a quelques semaines est sorti Vampyres aux éditions du Chat qui fume, comment est né ce documentaire ?

Senhal : Les photos qu’il y a eu sur la Spirale c’était les siennes et les tiennes ?
Laurent Courau : Non, non, uniquement les siennes, je ne fais pas de photos. Et justement, c’est ce travail de photos sur les Hidden Shadows que l’on retrouve sur La Spirale, et dans les bouquins ou sur le livret du DVD. Bref, Lukas me propose à ce moment-là de faire un truc sur les vampires dans La Spirale, et je me suis dit ouais c’est carrément pas mal, mais je pense qu’on peut aller encore plus loin. A l’époque c’est anecdotique mais en même temps ça cadre bien les choses : on s’est retrouvés tous les deux avec Lukas, je crois que c’était à trois semaines de notre retour en France, sans un centime, carte bancaires bloquées… Quand tu te retrouves à retirer de l’argent sur Broadway, que tu en es au troisième distributeur et que ça te dit NON, t’as compris. Et quand tu as trois semaines devant toi, qu’il n’y a rien qui rentre, que tu n’as pas une thune et que tu dois tenir trois semaines, là t’es un peu dans un trip de survie, et tu te dis les vampyres, c’est vachement bien dans la Spirale, mais si on arrive à en retirer deux trois thunes avec c’est pas mal non plus.
Et donc voilà, c’est comme ça que je suis rentré en France, que j’ai fini par rencontrer les gens de l’émission Tracks sur Arte que vous connaissez, car Jean-Marc Barbieu, l’un des des rédacteurs en chef, s’intéresse à tout ce qui est contre-culture et subculture depuis longtemps. J’ai donc pro
posé le sujet à Jean-Marc, qui a dit oui tout de suite, on a trouvé une production, et on est parti à New-York en décembre 2002. Et là heureusement qu’on a fait le reportage selon nos propres termes. Parce que sinon Tracks nous donnait trois jours pour tout faire, et ça nous a pris trois semaines, un mois. Je ne compte même pas les lapins que nous ont plantés les vampyres, du style à 23h00 sur la 5e avenue par -15°C avec le vent, t’attends une heure et demi Father Vincent qui n’arrive pas, et c’est en plus la troisième fois qu’il te pose un lapin… Bref, il faut être assez patient, diplomate et plutôt tranquille. Et puis toutes les galères annexes. Effectivement, on s’est retrouvé face aux gangs du quartier, qui nous demandaient ce qu’on foutait là, on a dû montrer patte blanche. Sans compter les vampyres qui étaient là, qui répondaient présent au rendez-vous mais qui n’avaient pas envie de répondre aux questions ce jour-là parce qu’ils étaient mal lunés.

De là, toujours cette histoire de proximité avec les gens finalement, Father a décidé de nous coacher dans ces milieux-là, et nous a invité à New-York, à la Nouvelle-Orélans, du coup ça nous a ouvert pas mal de portes. On s’est retrouvé un peu comme des journalistes embarqués, « embedded », chez les vampyres à dormir chez eux, et de 2004 on a été finalement, le temps de finir le film, jusqu’à fin 2007. Donc l’histoire s’est étalée en tournage sur 5 ans.
Senhal : j’ai une petite question : quand on regarde le film on a l’impression que l’aventure n’est pas terminée, il va y avoir..

Je sais aussi qu’il se passe des choses du côté de la Russie, mais encore une fois c’est réellement naissant, et il n’y a pas vraiment de groupes constitués forts qui nous permettent d’aller filmer quelque chose de réellement intéressant. Complètement aux antipodes, il y a une scène qui existe depuis un moment au Brésil. Ca, on avait faillit y aller à l’époque, et justement on avait senti le truc un peu trop naissant. Voilà donc d’une manière ou d’une autre il y aura une suite, mais quelle sera cette suite je n’en sais rien.
Senhal : Mais toi tu penses que c’est amené à se développer et que toi tu seras toujours intéressé ?
Laurent Courau : Moi oui, je suis toujours intéressé à suivre cela. Ma démarche est en plus de garder le contact avec les gens. Nous ne sommes pas là pour prendre quelque chose de quelqu’un et tourner ensutie le dos à cette personne, que ce soit Lukas ou moi. J’ai moins eu l’occasion de retourner à New-York ces temps-ci, j’y vais bientôt mais je n’y suis pas allé depuis trios ou quatre ans, mais Lukas y va entre deux et trois fois par année et il loge toujours directement chez les Hidden Shadows.
Vladkergan : Ils sont venus ici eux , non ?

Vladkergan : Je crois qu’il y a quand même des médias qui ont relayé le truc après toi en France. J’avais lu un article dans Epok, le magazine de la FNAC, un sujet de trios ou quatre pages sur le sujet vampyre…
Laurent Courau : En 2006 il y a eu pas mal de presse d’un seul coup, Epok notamment, tout ça étant dû à la sortie du livre. Le livre a bien marché, plusieurs milliers de ventes. De manière assez amusante on s’est retrouvé à faire des émissions comme Tout le monde en parle d’Ardisson et j’ai même eu l’honneur de me retrouver sur le plateau de la méthode Cauet. D’ailleurs contrairement à toutes les mésattentes et a priori, ça c’est vachement bien passé. On s’est retrouvé à deux, Father Sebastiaan et moi-même, sur le trône de la méthode Cauet. J’ai même envoyé après une carte de remerciement à Cauet, parce que je m’attendais vraiment à ce qu’on s’en prenne plein la gueule et qu’il nous tourne totalement en ridicule, et étonnamment le mec a été plutôt respectueux. Et sa blonde, Cécile de Ménibus, pareil. On a pas eu droit à tant de vannes stupides que ça. Mais je pense que le sujet est tellement délirant en lui-même que ce n’est pas la peine d’en rajouter.
Vlakergan : Tout à l’heure tu parlais de Fathe
r Sebastiaan et du Vampire de Paris. Dans le DVD, tu as organisé une rencontre entre les deux personnes. Pourquoi cette rencontre, et pourquoi en avoir fait un des moments aussi marquant du documentaire ?

Et puis j’ai un peu réfléchi, j’étais tenté et je me demandais comment justifier sa présence dans ce travail-là, puisqu’on était quand même sur autre chose. Et en y réfléchissant, le truc m’est venu de manière assez évidente. Lui en terme de prédation est finalement allé jusqu’au bout des choses, alors que les vampyres nord-américains affichent leur statut de prédateur, mais ne vont pas non plus jusqu’à tuer. Le sang qu’ils consomment, ce sont des donneurs ou des donneuses qui sont consentants et à la rigueur c’est plus un jeu SM qu’autre chose. Donc le but était de formuler une sorte d’antithèse de ce qu’eux ne voulaient pas être, à travers lui.
Les premières interviews avec lui n’étaient pas tendues, mais l’ambiance était, je dirais… un peu particulière. Et puis ensuite, Father Sebastiaan venant en France, j’étais assez curieux de voir ce que leur rencontre allait donner. Donc c’est là que j’ai lancé la balle sans savoir où et comment elle allait rebondir. Mettre face à face le grand maître vampyre de New-York et le Vampire de Paris, prédateur dote d’un passé criminel, qu’est ce que ça va donner ? Voilà… et effectivement, ça donne une séquence assez forte. Mais quand tu fais du documentaire, ce n’est pas de la fiction où tu scénarises quelque chose à l’avance. Il y a des êtres humains, vrais, et en l’occurrence plutôt particuliers, donc savoir ce qui va se passer dès le départ est impossible. Il peut y avoir une alchimie comme il peut n’y avoir aucune alchimie, comme les types peuvent se foutre sur la gueule au bout de trois minutes.
Aucune scène du film n’a été préparée, répétée ou mise en scène. On m’a souvent posé la question, mais non, on a juste filmé la réalité telle qu’elle se déroulait devant nous. Même le rituel qu’on voit à un moment sur un toit de New-York, Father Sebastiaan nous a autorisés à filmer le rituel peut-être une minute avant son démarrage. A la base, nous pouvions y assister, mais nous ne pouvions pas filmer. Et donc, on s’est retrouvé à dévaler les escaliers d’un immeuble en dernière minute pour aller chercher les caméras qui étaient restées en bas… et tout a été un peu comme ça. L’autre parti-pris aussi, enfin pas un parti pris mais disons un accident heureux, c’est qu’on n’a pas tourné avec des lumières additionnelles. On s’est toujours servi des lumières qu’il y avait sur place. S’il y avait une interview en pleine nuit, je me débrouillais pour trouver une vitrine de magasin éclairée la nuit, avec un lampadaire à côté, qu’il y ait un peu de lumière sur le visage de la personne, parce qu’on avait aucun spot en plus. Simplement, on avait pas les moyens. Mais ce qui donne plus de véracité à l’image.
Notamment quand tu tournes dans un club, dans une boîte de nuit, je trouve odieux de balancer un spot dans le visage des gens qui sont en train de danser. Non seulement, ça les dérange, mais en plus la scène n’est plus vraiment naturelle. Ca donne cet espèce d’éclairage super fort que tu n’auras jamais quand tu regardes la piste de danse d’une boîte de nuit. Nous préférions aller à la pêche, en essayant de repérer que tel spot tapait à tel endroit toutes les vingt secondes, je laissais la caméra tourner jusqu’à ce qu’il y ait un éclairage d’une micro-seconde, que je pouvais utiliser au montage. Et tout s’est fait un peu comme ça. Et ensuite il y a un autre truc. C’est qu’aller diriger les vampyres de manière générale, je pense que… bon courage, quoi. (rires) Pour les avoir devant ta caméra, c’est déjà compliqué, alors pour les diriger, je pense qu’on peut oublier. Nan, c’est vraiment impossible.
D’ailleurs, c’est marrant parce que depuis la sortie du bouquin, évidemment, il y a mille médias français qui m’ont demandé s’ils pouvaient avoir le contact des Hidden Shadow pour aller faire des photos, des reportages et ainsi de suite. On les a tous envoyés bouler, mais en même temps, ça aurait pu être assez drôle si nous avions accepté. Je vois bien une équipe de M6 débarquer à Spanish Harlem chez les Hidden Shadows, ce pourrait être assez comique.
Vladkergan : D’autant que toi il y a eu une période d’adaptation pour qu’ils se familiarisent avec toi autant que toi avec eux. Et ils ont vraiment insisté, ce que tu dis dans les bonus et que tu a redis là, sur le fait que le but ne soit pas de faire un truc mainstream pour faire du grandiose ou du tape à l’œil, comme ce que fait M6.
Laurent Courau : Du sensationnel ? M6 ca va être compliqué, enfin on ne va pas stigmatiser M6. Je mets dans la même mouvance Canal+, France Télévision, même Arte, un peu tout le monde,. Je ne tiens pas du tout à dénigrer certains plus que d’autres. Autant être méchant avec tout le monde, car je ne vois pas un seul média de masse aujourd’hui qui soit un minimum éthique et correct.


Impatiente de voir le film !!! Il faut que je le trouve vite. ^^
y a t il un site ou l on peut commander le dvd (autre que amazon) car mon libraire dvd habituel n’a pas pu me le procurer même sur commande
j’ai lu le livre j ai envie de poursuivre l’aventure en visualisant le dvd
Bonjour,
Il est possible de passer directement par le site des Editions Le chat qui fume pour commander le DVD de Vampyres : lechatquifume.com/?page_i… (il suffit de cliquer sur le bouton ajouter au panier).