Alors qu’il se sont réfugiés dans une chapelle, espérant protéger au mieux Luke contre l’influence de Dracula, le petit groupe d’étudiant rassemblé autour de Van Helsing doit transfuser en urgence la première victime du vampire. Celui-ci fait bientôt son apparition, invité par Renfield, que Jo Suwa détenait caché dans sa chambre. Rapidement, Van Helsing doit se rendre à l’évidence : ce qu’il pensait savoir des vampires n’atteint pas Dracula.
Avec ce troisième opus, Shin’ichi Sakamoto poursuit sa toujours très libre adaptation du roman de Bram Stoker. Libre, parce que si le mangaka exploite les mêmes personnages et antagonismes, le cadre est sensiblement différent. Le petit groupe de chasseur est constitué de jeunes élèves, seul Van Helsing est adulte. L’auteur continue sur la lancée des précédents volets, qui jouait sur le caractère androgyne de Luke/Lucy. Quant à Dracula, son évanescence quasi systématique résonne idéalement avec l’idée que dans le livre, il est le seul à ne jamais prendre directement la parole : il existe à travers les récits des protagonistes humains qui croisent son chemin.
Sakamoto n’en néglige pas moins les thèmes que convoquait Stoker dans son roman. La place des femmes dans la société est un des sujets prépondérants de #DRCL, incarné par la figure de Mina. Le personnage est une jeune femme intelligente qui ne s’en laisse pas compter (et une lutteuse hors pair) : pour autant, elle est mise au ban, aussi bien par les adultes que par les autres élèves. Ces derniers voient d’un mauvais œil qu’une femme se pose comme l’égale des hommes, et puisse bénéficier de la même éducation. L’auteur introduit par ailleurs la question de l’évolution des espèces dans son récit. Si les vampires sont censés être repoussés par un certain nombre de pratiques, celles-ci ne paraissent pas fonctionner sur Dracula. Celui-ci aurait-il évolué pour s’affranchir des faiblesses propres à sa race ?
Graphiquement, le style de Sakamoto épouse au mieux les méandres du roman de Stoker. Le dessinateur et scénariste propose néanmoins une trame beaucoup moins évidente que celle de son œuvre phare Innocent. Il y a une folie prégnante dans les pages de #DRCL, qui se manifeste notamment dans les apparitions de Dracula, et dans ses interactions avec les autres protagonistes. Certains partis pris visuels sont audacieux (Dracula a les traits de Mickaël Jackson) mais cela fonctionne. Les motifs floraux demeurent omniprésents, comme si l’auteur veillait à conserver l’essence même du manga vampirique en s’extrayant malgré tout des clichés.
Un troisième opus remarquable, mais le final laisse à penser que la suite va à nouveau devoir faire un pas de côté avec Dracula, au vu du destin de certains des personnages.


