Ross, Marilyn. Secret of the Pale Lover

Eve Lewis est une jeune étudiante américaine qui suit un cursus spécialisé dans la sorcellerie à Paris, en France. À l’occasion d’une soirée entre étudiants, elle fait la connaissance du comte Henri Langlais, un amateur des arts sombres qui découvre son intérêt pour le sujet. Eve part seule en vacances à Dinard, quelques jours plus tard. Elle y retrouve par hasard le comte, accompagné de son neveu Léonard. Les deux jeunes gens s’entendent à merveille, mais tout bascule lorsque le neveu du comte et ce dernier disparaissent sans laisser de messages. Quelques jours plus tard, alors qu’elle a retrouvé sa vie d’étudiante, Eve reçoit un courrier l’invitant à venir s’installer quelques temps au château Langlais.

Marilyn Ross est en fait un pseudonyme de William Edward Daniel Ross, un des auteurs les plus prolifiques que le Canada n’ait jamais connu (plus de 300 oeuvres à son actif), qui a officié dans le western, le roman d’aventures et la romance gothique. C’est précisément pour ce genre qu’il a opté pour le pseudonyme de Marilyn Ross, mais aussi celui Clarissa Ross, utilisé pour sa série de 30 romans consacrés à la licence Dark Shadows. Secret of the Pale Lover est un titre intéressant, car il a été écrit avant que Ross ne travaille comme romancier autour de l’univers de Dan Curtis. On peut donc raisonnablement penser que c’est notamment à cause de ce titre que son éditeur d’alors, Paperback Library, a pensé à lui quand ils ont été contactés par la production de la série de ABC[ref]http://www.darkshadowsonline.com/victoria/dan_ross.html[/ref].

Le premier chapitre introduit au lecteur deux des protagonistes principaux du roman. Eve Lewis, étudiante américaine qui s’est spécialisée dans les arts sombres, et Henri Langlais, un aristocrate également versé dans les mêmes thématiques. Les chapitres suivants vont voir le neveu du comte, Léonard, intégrer cette galerie de personnages, qui ne s’étoffera à partir de là que de quelques intervenants secondaires.

Il y a un côté suranné qui s’impose au lecteur à la lecture de ce roman. L’auteur convoque à la fois sorcellerie, satanisme et vampirisme, le tout sur fond de romance. Et si l’histoire se déroule à l’époque contemporaine, l’essentiel de l’histoire prendra place dans l’antique demeure des Langlais, de quoi renvoyer davantage le lecteur à la littérature du XIXe qu’à l’approche qui s’imposera après Anne Rice. Habituellement, je sais apprécier ce genre d’approche, ayant une certaine appétence pour le fantastique dit « d’époque ». Mais là où le bât blesse, c’est dans le traitement psychologique des personnages. Ces derniers sont beaucoup trop clichés pour parvenir à convaincre. Le Comte Langlais n’est pas franchement très crédible dans ses mensonges, ni quand il avoue la vérité à Eve et à David, alors que ce passage est un des tournants (tardif) de l’histoire. Mais le traitement réservé à Eve est encore moins réussi. Cette dernière ne cesse de tomber de Charybde en Scylla, incapable de tirer des conclusions des bribes de vérité qu’elle décèle au fil du récit. Et même mise face au fait accompli, elle en vient encore à faire confiance… et à se faire à nouveau manoeuvrer.

Le lecteur comprend rapidement que la famille Langlais dissimule en ses rangs au moins un vampire. Preuve en sont des jeunes femmes du voisinage qu’on retrouve régulièrement mortes, avec pour seule trace du crime des marques au niveau de la gorge. On découvrira que le vampire du récit n’est pas né d’une morsure, mais d’un sort appliqué à une potion bue un siècle auparavant. À un moment du récit, Eve et le comte, échangeant autour des croyances en l’existence des vampires, pointeront un cas (certes fictif) dont les caractéristiques renvoient davantage aux vampires de Dom Calmet qu’à ceux de Stoker ou Le Fanu. Enfin, les buveurs de sang semblent ici en mesure de procréer.

Un roman intéressant d’un point de vue historique (on est en 1965), qui montre que malgré une relative discrétion dans la littérature grand public, le vampire a continué de se propager à travers la romance. On est en effet encore éloigné du retour en grâce de la créature (qui n’interviendra, d’un point de vue littéraire, que 11 ans plus tard avec Entretien avec un Vampire). Pour autant, malgré l’utilisation d’éléments assez sympathiques, le récit peine à convaincre par la mise en scène trop caricaturale de ses personnages.

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