Sasdy, Peter. Une messe pour Dracula. 1970

Alors qu’il voyage en calèche, un commerçant du nom de Weller est éjecté du véhicule à l’occasion d’une rixe avec des passagers. Tandis qu’il reprend ses esprits, il tente de retrouver son chemin et assiste à la mort de Dracula, empalé sur une croix géante. Quand le corps du vampire disparaît, ne subsistent que sa cape, une broche et quelques effets. Le sang du comte s’est également transformé en une poussière rougeâtre. Quelque temps après, trois bourgeois en mal de sensations fortes se laissent convaincre de racheter les possessions de Dracula. Sous la férule de Lord Courtley, ils entament un mystérieux rituel, au sein d’une chapelle sise dans un cimetière isolé.

Sorti en 1970, Taste the Blood of Dracula (le titre VO d’Une messe pour Dracula) est le cinquième volet des Dracula de Hammer Films. C’est le seul opus de la saga qui sera réalisé par Peter Sasdy, lequel sera également derrière la caméra pour Comtesse Dracula (Countess Dracula) pour la firme, un an plus tard, en 1971. Il est aussi connu pour ses travaux sur plusieurs séries de la BBC dans les années 1960, notamment des adaptations en série de Sherlock Holmes, des Hauts de Hurlevent (d’après Emily Brontë), de La Locataire de Wildfell Hall (d’après Anne Brontë) ou encore des Dépouilles de Poynton (d’après Henry James). Le casting est une fois de plus totalement renouvelé, à l’exception de Christopher Lee. Certains des acteurs qui intègrent ici le cycle reviendront au sujet ultérieurement. Ainsi, on croisera John Carson (Jonathan Secker) dans Capitaine Kronos : Tueur de vampires (Captain Kronos – Vampire Hunter, 1974), Ralph Bates (Lord Courtley) dans La Soif du Vampire (Lust for a Vampire, 1971), Madeline Smith (Dolly) dans The Vampire Lovers (1970), Anthony Higgins (Paul Paxton) dans Le Cirque des vampires (Vampire Circus, 1972), voire Linda Hayden (Alice Hargood) dans Les temps sont durs pour Dracula (Vampira, 1974).

Derrière le film, difficile de ne pas voir l’hypocrisie que parait dénoncer ce dernier. Le trio de bourgeois formé par Hargood, Paxton et Secker, qui veillent à maintenir une image irréprochable en société, alors qu’ils se délectent dans la débauche, en est une manifestation évidente. Le sexe ne leur suffit plus, l’opportunité offerte par Courtley sera trop alléchante… et les conduira à leur perte. C’est une hypocrisie sur tous les plans : vis-à-vis de la religion (ils se retrouvent à l’Église, se livrent à des rituels sataniques), de la famille (ils trompent leurs femmes, et Hargood a recours au châtiment corporel avec sa fille) … Dans le même temps, le film peut aussi être vu comme une allégorie du choc des générations : les choix des ainés ont un impact tragique sur le destin de leurs enfants. On sent pointer là un rappel de la situation politique de la fin des années 1960 en Angleterre, où les libertés du Swinging London cohabitent avec un retour du vote conservateur.

À l’image de ses prédécesseurs, le long-métrage est présenté comme basé sur le personnage de Bram Stoker, plutôt que sur le roman. On retrouve néanmoins plusieurs scènes incontournables de la série, tel que le trajet initial en calèche. D’un point de vue purement vampirique, Dracula commence le film en ayant été réduit en cendres, rouges : de lui, ne subsiste que ses affaires. C’est en réalisant un rituel avec celles-ci, rituel qui demande de boire les cendres revigorées du vampire, que la résurrection de celui-ci pourra avoir lieu. Des constituantes du mythe, le scénariste John Elder (en réalité le producteur Anthony Hinds) conserve la nécessité de dormir dans un cercueil, l’incapacité à se mouvoir la journée (on voit Dracula reculer en entendant le chant du coq), les pieux enfoncés en plein cœur et les crucifix. Le film tisse également un lien entre magie noire et vampirisme, ce que la série n’avait pas forcément fait jusque-là. L’église où se passe le rituel sera à nouveau consacrée à la fin du film, ce qui conduira à la « mort » de Dracula. À noter enfin les scènes qui se déroulent au cœur du cimetière de Highgate, alors qu’à cette époque, l’affaire du vampire de Highgate n’était pas encore terminée.

Taste the Blood of Dracula  est ainsi un cinquième opus (le quatrième avec Lee) qui montre une certaine ambition dans sa radicalité. On s’éloigne toujours plus du roman, mais scénariste et réalisateur parviennent à insuffler du sens à ce nouveau volet, plus connecté à son époque que les précédents. Lee, malgré le peu de paroles prononcées à l’écran (à peine quelques phrases), fait une fois de plus planer son implacable présence sur l’ensemble du long-métrage.


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