Butler, Octavia E. Novice

<p>Une jeune fille d’une dizaine se réveille grièvement blessée en plein cœur d’une forêt. Si elle ne se rappelle plus d’où elle vient ni qui elle est, elle n’en demeure pas moins animée d’un impressionnant instinct de survie, qui va lui permettre de recouvrer peu à peu des forces. De rencontres en rencontres, elle découvrira que derrière son apparente jeunesse se cache une femme d’une cinquantaine d’année, appartenant à une espèce humanoïde dont la longévité n’a d’égale que la soif de sang : les Ina. Seulement, l’existence de la jeune femme est quelque peu à part parmi les siens, et tous ne voient pas d’un bon œil son existence…

Ce roman me faisait de l’œil depuis plusieurs années déjà, mais il aura fallu le hasard des rayonnages d’une médiathèque pour que j’ai enfin l’occasion de poser un œil dessus. Et si les premières pages sont un peu déstabilisantes, force est d’avouer que sur l’ensemble c’est très bien ficelé.

On suit donc les pas d’une jeune femme (du moins en apparence), devenue totalement amnésique et qui va rapidement comprendre qu’elle dispose de capacités un peu particulières. Et dans le même temps, que certains êtres comme elle en veulent à sa vie, sans qu’elle sache bien pourquoi. Le texte étant écrit à la première personne du singulier, le lecteur se retrouve logé à la même enseigne que la narratrice, et apprendra lui aussi au fur et à mesure qui est réellement l’héroïne dont il suit les pas. Ce qui n’empêchera pas de trouver dans un premier temps malsain la relation qui va se mettre en place entre cette dernière et le premier homme qu’elle va rencontrer, Wright.

Davantage concentré sur la psychologie des personnages (via le style narratif choisi en premier lieu, mais pas que), ce roman propose également une réflexion forte sur le racisme et le sexisme, ainsi que sur la place des minorités dans la société. Des thématiques pas franchement voilées, quant on comprend que l’héroïne, en plus d’appartenir à une espèce en marge de l’humanité, est une jeune femme de couleur. Un personnage qui va rapidement apparaître comme une minorité parmi la minorité. C’est aussi ce qui fait l’un des points forts de cet ouvrage, qui s’inscrit sans nul doute dans l’utilisation à des fins politiques et sociales du vampire, et pas comme seul objet d’entertainment.

Les vampires de cet ouvrage, les Ina, vivent en clans, les femmes et les hommes vivant à part les uns des autres. Etant donné qu’ils ont un besoin régulier de sang, ils vivent aux côtés d’humains qu’ils ont convaincu (de gré ou de force) de vivre avec eux, à travers la prise régulière d’hémoglobine (leur salive agissant rapidement comme une drogue) : les Symbiotes. Les Ina sont en outre doués d’une longévité et d’une force surhumaine (mais ils craignent le soleil), ainsi que d’importantes capacités de régénération. Ils ont leur propre langue et possèdent des lois séculaires. Face à ces caractéristiques, l’héroïne apparaitre rapidement comme un cas un peu particulier.

Le style peu descriptif de l’ouvrage, et les scènes d’action finalement peu présentes n’empêchent pas ce livre d’être un roman de vampires hautement recommandable, qui finit par happer son lecteur, lequel découvre en même temps que le personnage principal un univers riche, certes référencé (le mythe du vampire ne date pas d’hier) mais avec une forte dose d’originalité et d’intelligence dans l’utilisation des codes. En bref, un roman rare que devraient apprécier ceux qui pensent que le sujet tourne en rond depuis des années.

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